L’Équateur s’embrase sur fond de crise économique

Un mort au moins lors de heurts entre police et militants indigènes qui tentaient de pénétrer dans le Parlement.

(H. Le. avec AFP)
L’Équateur s’embrase sur fond de crise économique
©AP

En Équateur, la mobilisation indigène contre le gouvernement est entrée ce vendredi 24 juin dans son douzième jour. La veille, signe d’un durcissement des manifestations qui ont fait un total de six morts dans le pays, les manifestants ont tenté de prendre d’assaut le Parlement pour protester contre l’augmentation du coût de la vie.

Trois personnes ont péri durant cette nouvelle journée de protestations qui se sont étendues à d’autres points de la capitale, selon l’Alliance des organisations de défense des droits de l’homme, qui avait fait état de trois premiers décès survenus entre lundi et mercredi.

Ce jeudi, un manifestant de 39 ans a été tué d’une balle, et un jeune est mort auprès de lui. À Caspigasi, dans la banlieue de Quito, un indigène est mort dans un affrontement avec des militaires, selon l’Alliance.

L’armée a de son côté indiqué que des soldats qui assuraient la sécurité d’un convoi transportant de la nourriture ont été "agressés par un groupe violent" à Caspigasi, et que 17 militaires ont été gravement blessés.

L’Alliance des organisations de défense des droits de l’homme a par ailleurs aussi fait état de 92 blessés et 94 interpellations depuis le 13 juin. La police a de son côté annoncé que 74 de ses membres avaient été blessés.

Dans l’après-midi, plusieurs milliers d’indigènes ont d’abord pénétré, en poussant des cris de joie, dans la Maison de la Culture (CCE) à Quito, réquisitionnée depuis plusieurs jours par les forces de l’ordre, a constaté l’AFP. Ce centre culturel sert traditionnellement de point de rencontre aux indigènes dans la capitale et son libre accès représentait une des conditions des manifestants pour entamer des négociations.

"C'est une victoire de la lutte !", a salué mégaphone en main le leader indigène Leonidas Iza, dirigeant de la Confédération des nationalités indigènes d'Équateur (Conaie), plus grande organisation indigène du pays.

Le gouvernement a finalement autorisé les manifestants à investir ce lieu symbolique, "dans l'intérêt du dialogue et de la paix", a déclaré le ministre du Gouvernement, Francisco Jiménez, dans une vidéo transmise aux médias. L'"objectif est que cessent les blocages de rues, les manifestations violentes et les attaques dans différents lieux", a ajouté le ministre, tandis que le chef de l'État Guillermo Lasso, diagnostiqué mercredi positif au Covid-19, est contraint à l'isolement.

"Mauvais signe" ?

Objectif visiblement raté, puisque peu après, un groupe imposant de manifestants, mené par des femmes, a tenté de pénétrer dans l’enceinte du Parlement voisin. Les policiers déployés sur place les en ont empêchés en faisant usage de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes. Les marcheurs ont riposté en lançant des pierres, des feux d’artifice ainsi que des cocktails Molotov.

Le leader des manifestations, Leonidas Iza, qui se trouvait sur place, a jugé que "c'est un très mauvais signe alors que nous avions demandé à notre base de faire une marche pacifique".

Près de 14 000 manifestants sont mobilisés dans tout le pays pour protester contre la hausse du coût de la vie et exiger notamment une baisse des prix des carburants d’après la police, qui estime leur nombre à près de 10 000 dans la capitale Quito.