"C'est la volonté de Dieu", "La vie a gagné", "Libertés fondamentales attaquées": la classe politique américaine divisée par la révocation du droit à l'avortement

Aux États-Unis, la décision de la Cour suprême de révoquer le droit à l'avortement a fait directement réagir la classe politique, très divisée sur la question.

AFP avec la rédaction

Dans une volte-face historique, la très conservatrice Cour suprême des Etats-Unis a enterré vendredi un arrêt qui, depuis près d'un demi-siècle, garantissait le droit des Américaines à avorter mais n'avait jamais été accepté par la droite religieuse.

Cette décision ne rend pas les interruptions de grossesse illégales mais renvoie les Etats-Unis à la situation en vigueur avant l'arrêt emblématique "Roe v. Wade" de 1973, quand chaque Etat était libre de les autoriser ou non. Compte tenu des fractures dans le pays, une moitié des Etats, surtout dans le Sud et le centre plus conservateurs et religieux, pourraient les bannir à plus ou moins court terme.

Depuis la fuite, en mai, d'un avant-projet concernant la révocation du droit à l'avortement, de nombreux membres de la classe politique se sont élevés contre ce texte. Des manifestations pro-avortement et pro-choice ont également eu lieu dans plusieurs États des USA. Aujourd'hui, les défenseurs du droit à l'avortement sont dépités. La principale organisation de planning familial américaine a promis de continuer à "se battre", tandis que Barack Obama a rapidement accusé sur Twitter la Cour suprême d'avoir "attaqué les libertés fondamentales de millions de femmes. "Aujourd'hui, la Cour suprême n'a pas seulement renversé près de 50 ans de précédents, elle a relégué la décision la plus intensément personnelle qu'une personne puisse prendre aux caprices des politiciens et des idéologues, s'attaquant ainsi aux libertés essentielles de millions d'Américains", a écrit l'ancien président.

La maire de Washington DC a affirmé que sa ville était "fière d'être pro-choix" et que "l'accès à l'avortement y est toujours légal". "Il s'agit de soins de santé. Il s'agit des droits des femmes. Il s'agit de l'autonomie corporelle. Une majorité d'Américains croit au droit des femmes de choisir. Ce combat est urgent mais pas terminé", a écrit Muriel Bowser sur Twitter.

La gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, a affirmé aux habitants de son État qu'elle était "plus déterminée que jamais à protéger l'accès à un avortement sûr et légal". "Je ne cesserai jamais de me battre. Je n'abandonnerai jamais. Pour mes enfants, vos enfants, et le futur de notre grand État", a-t-elle écrit.

Après l'annonce de la Cour suprême, de nombreuses personnes se sont rassemblées devant le bâtiment. Les deux camps étaient présents, les pro- autant que les anti-avortement.

"C'est la volonté de Dieu", "La vie a gagné", "Libertés fondamentales attaquées": la classe politique américaine divisée par la révocation du droit à l'avortement
©AP
"C'est la volonté de Dieu", "La vie a gagné", "Libertés fondamentales attaquées": la classe politique américaine divisée par la révocation du droit à l'avortement
©AP

L'ancien Vice-président des États-Unis Mike Pence fait partie de cette deuxième catégorie. Sur Twitter, il a salué le texte de la Cour suprême, se réjouissant de voir le droit à l'avortement "jeté aux oubliettes de l'Histoire" : "Aujourd'hui, la vie a gagné. En annulant l'arrêt Roe v. Wade, la Cour suprême des États-Unis a donné au peuple américain un nouveau départ pour la vie et je félicite les juges de la majorité d'avoir eu le courage de leurs convictions".

La décision "suit la Constitution", et "ramène tout au niveau des Etats, ce qui aurait toujours dû être le cas", a quant à lui déclaré Trump à la chaîne Fox News.

Interrogé sur son propre rôle, pour avoir nommé trois juges et fait ainsi franchement fait basculer la majorité de la haute juridiction dans le camp conservateur, le milliardaire républicain a répondu: "C'est la volonté de Dieu".

Dans un communiqué, il s'est ensuite néanmoins attribué un rôle prépondérant.

"L'arrêt d'aujourd'hui, qui est la plus grande victoire pour la vie depuis une génération, avec d'autres décisions récentes, ont été rendues possibles seulement car j'ai tenu mes promesses, notamment en nommant et installant trois constitutionnalistes très respectés et solides à la Cour suprême des Etats-Unis", a-t-il affirmé. "C'était un grand honneur pour moi!"

L'ex-président a fait valoir qu'il n'avait "pas flanché face à la gauche démocrate radicale, ses partenaires des médias bidons", ou les républicains non-trumpistes.

"Ces victoires majeures démontrent que même si la gauche radicale fait tout son possible pour détruire notre pays, vos droits sont protégés, le pays est défendu", a dit celui qui flirte ouvertement avec la possibilité de briguer à nouveau la Maison Blanche en 2024.

Sur le même sujet