Etats-Unis : "La décision de la Cour suprême aura un impact sur les prochaines élections"

L’influence de la droite religieuse sur le Parti républicain a mené au renversement d’une décision historique.

Dozin Maxence

Comment les opposants de l'avortement se sont-ils organisés pour influer sur le parti républicain et, in fine, faire renverser une décision prise quelque 50 ans auparavant ? Retour sur l'arrêt historique de la Cour suprême des États-Unis pris ce vendredi 24 juin avec Darren Dochuk, professeur d'histoire à l'Université catholique de Notre Dame (Indiana).

Quel genre de public s’est opposé en premier à la légalisation de l’avortement ?

Les catholiques comme les protestants se sont opposés de longue date à l’arrêt "Roe vs Wade", même si ce sont les premiers qui, dans les années 1960, ont tiré la sonnette d’alarme. Plus tôt, même, la hiérarchie catholique s’est toujours historiquement positionnée contre l’avortement et pour le caractère sacré de la vie. Ils ont été rejoints par les protestants dans les années 1970, qui eux, même s’ils partagent le même point de vue, n’ont pas de hiérarchie.

Comment ce mouvement s’est-il organisé pour influer sur les élus ?

Même si c'est le Parti républicain qui s'est le plus rapidement positionné pour les attirer, le mouvement, qui très tôt s'est structuré au niveau national, a compris que ce n'est pas sur les élections présidentielles que leur influence serait la plus déterminante. En témoignent les choix en matière de juges à la Cour suprême que Ronald Reagan a actés et qui n'étaient pas à leur goût. Ils ont alors compris qu'ils devaient s'organiser autrement et ont construit une organisation bottom-up pour influer sur tous les niveaux de juridiction possibles, comme au niveau politique. Résultat : d'innombrables juges de districts au niveau étatique, et maintenant à la Cour suprême, sont de fervents croyants qui prennent des positions conformes aux intérêts du mouvement. Il est donc impossible de sous-estimer le pouvoir de la droite religieuse dans sa capacité à influer sur le parti républicain.

Les catholiques et les protestants se positionnent-ils différemment en termes de visions quant à l’avortement ?

Les catholiques se sont toujours référés à une doctrine très claire sur le caractère sacré de la vie et la protection des êtres non encore nés. De leur côté, les protestants, évangéliques pour la plupart - et qui donc se réfèrent aux Écrits pour leur guidance spirituelle - n’ont pas de positionnement cadré sur le sujet car les Écrits justement n’apportent pas de réponse claire. Faute de doctrine, ils ont donc dû se référer à une hiérarchie qui a mis plus de temps à se construire et à délivrer un message univoque. Certains évangéliques d’ailleurs mettaient sur un pied d’égalité le droit à la vie et le droit des femmes à disposer de leurs corps, entraînant un positionnement complexe sur le sujet. Ce n’est qu’à la fin des années 1970 que les leaders protestants se sont déclarés fermement opposés à la pratique.

Pensez-vous que la décision de la Cour de vendredi dernier aura un impact important sur les élections de mi-mandat ?

Oui, tout comme elle aura une importance pour les élections à venir, dont celle de 2024. Au-delà des deux "camps" qui seront bien sûr galvanisés comme jamais, ce sont les électeurs centristes qui risquent davantage d’être au cœur des préoccupations. Le Parti républicain peut quand même avoir quelque souci à se faire au regard de la détermination d’une partie des électeurs à leur faire sentir leur manière de voir.

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