James Meredith, le premier étudiant noir de l'Université du Mississippi, a fait ses études entouré de soldats

Dans notre série "Les étudiants qui ont marqué l'Histoire", nous allons vous raconter comment des hommes et des femmes sont devenus célèbres et ont impacté l'histoire alors qu'ils étaient encore étudiants. Pour ce quatrième numéro, "La Libre Etudiant" s'est intéressée à James Meredith.

James Meredith, le premier étudiant noir de l'Université du Mississippi, a fait ses études entouré de soldats
©dr

James Meredith est célèbre pour avoir été le premier étudiant noir de l'Université du Mississippi. Son entrée dans l'établissement, jusque-là réservé aux personnes banches, a posé tellement de problèmes que le président John Fitzgerald Kennedy a dû envoyer l'armée pour l'accompagner aux cours. Cela n'a toutefois pas suffi à empêcher des émeutes qui ont fait deux morts. Après un parcours du combattant, James Meredith est toutefois parvenu à obtenir son diplôme. Comme d'autres Afro-américains, il a joué un rôle dans la lutte contre la ségrégation aux Etats-Unis. Portrait.

Un arrêt de la Cour suprême historique

James Meredith est né le 25 juin 1933, à Kosciusko, dans l'Etat du Mississippi. Il a grandi dans la ferme familiale, entouré de ses 9 frères et soeurs. Après avoir obtenu son diplôme à la Gibbs High in St. Petersburg (Floride), le jeune homme s'engage dans l'armée de l'air, où il servira de 1951 à 1960. Lorsqu'il finit par revenir dans son Etat natal en 1960, James Meredith est déterminé à poursuivre des études supérieures. Il s'inscrit donc à la Jackson State University, une université historiquement noire, avant de viser l'Université du Mississippi, jusque-là réservée aux étudiants blancs.

"Au début des années 1950, la plupart des États du sud des États-Unis pratiquent la ségrégation raciale, qui touche, entre autres domaines, la scolarité. Il existe alors des écoles pour Blancs et des écoles pour Noirs ; la couleur de peau constitue un prétexte suffisant pour refuser l'inscription d'élèves noir(e)s dans les premières", rappelle la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra).

James Meredith, le premier étudiant noir de l'Université du Mississippi, a fait ses études entouré de soldats
©King_of_Hearts — Created by King of Hearts using information from Image:Educational seperation in the US prior to Brown Map.PNG (PD) and File:Blank US Electoral Map.svg (GFDL) as a template

(En rouge, les Etats qui pratiquent la ségrégation dans le domaine de l'Education).

Mais, en 1954, la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) qui soutient les étudiants noirs, va remporter une belle victoire devant la Cour suprême. Cette dernière, via son arrêt Brown v. Board of Education, déclare inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles publiques. Si cet arrêt n'interdit pas la ségrégation (il faudra attendre le Civil Right Act de 1964), il la rend inapplicable dans le domaine de l'éducation publique.

Ce n'est toutefois pas pour autant que les étudiants noirs pourront entrer du jour au lendemain dans les écoles dites blanches. Aussitôt, des Etats, comme la Géorgie et la Caroline du Sud, menacent de "remplacer toutes les écoles publiques par des écoles privées, afin de pouvoir maintenir la politique de ségrégation".

La riposte des ségrégationnistes

Dans le Mississippi, l'un des Etats les plus ségrégationnistes du pays, il n'est donc pas question de laisser entrer aussi facilement des Afro-Américains dans les écoles dites blanches. Ainsi, lorsque James Meredith demande à entrer à l'Université du Mississippi en janvier 1961, il est aussitôt refusé. Etant donné que le refus contrevient à l'arrêt de la Cour suprême, James Meredith, aidé par la NAACP, plaide sa cause devant la justice. En septembre 1962, la Cour suprême confirme qu'il peut étudier à l'Université du Mississippi. Mais lorsqu'il se rend à l'université, le 20 septembre, l'entrée lui est bloquée. Le gouverneur de l'époque, Ross Barnett, est prêt à tout pour lutter contre son admission. Et il n'est pas le seul.

Le 29 septembre, des émeutes éclatent sur le campus de l'université. Des ségrégationnistes blancs affluent de tout le pays pour faire barrage à l'admission de l'étudiant de 28 ans. Les choses dégénèrent tellement que le président Kennedy demande à la police militaire d'intervenir. Des centaines d'hommes sont déployés. Lors de la première nuit, deux personnes sont tuées: un journaliste français et un jeune de 23 ans. En tout, les émeutes dureront trois jours. Il faudra un coup de fil du président Kennedy en personne pour que le gouverneur finisse par appliquer la loi. James Meredith entrera à l'université le 1er octobre 1962.

James Meredith, le premier étudiant noir de l'Université du Mississippi, a fait ses études entouré de soldats
©afp

Comme il l'expliquera plus tard dans son livre "Three Years in Mississippi", l'étudiant s'est toutefois retrouvé très isolé durant ses études. Mis à l'écart par les autres étudiants, James Meredith avait besoin d'une protection policière 24 heures sur 24. "Les troupes fédérales sont restées plus d'un an sur le campus pour assurer sa sécurité", confirme l'Université du Mississippi. En août 1963, James Meredith a finalement obtenu un baccalauréat en sciences politiques. Il décrochera plus tard un diplôme en droit de l'Université de Columbia.

Quelques années plus tard, en 1966, James Meredith est victime d'une tentative d'assassinat au cours d'une marche anti-ségrégationniste. Il s'est par la suite affilié au Parti républicain et a tenté de se faire élire au Congrès, sans succès. Il a toutefois consacré sa vie à défendre les droits individuels de tous les Américains. "Le concept des droits civils est une insulte car elle relègue les Noirs dans une citoyenneté de second rang", déclarait-il. Pour lui, le "conflit entre les Noirs et les Blancs n'est pas un problème racial, mais une bataille entre dominés et dominants". Parfois controversé - il a notamment soutenu un ancien membre du Ku Klux Klan au poste de gouverneur de Louisiane - James Meredith n'en reste pas moins un nom célèbre de la lutte contre la ségrégation.

Aujourd'hui, James Meredith vit toujours à Jackson, dans le Mississippi avec sa femme. Il a quatre enfants : une fille Jessica, et trois fils James, John et Joseph. Ce dernier est décédé à l'âge de 39 ans. Avant cela, il avait pu faire des études à l'Université du Mississippi en 1991 sans encombre.

Une reségrégation

Après une lente déségrégation qui a permis d'augmenter la proportion d'étudiants afro-américains et hispaniques dans les meilleures universités, on assiste aujourd'hui à une reségrégation. "Une Cour suprême conservatrice défait, depuis le début des années 90, l'oeuvre des juges libéraux des années 60 et 70", affirme Esther Duflo, une économiste franco-américaine, dans une tribune publiée par Libération.

La justice américaine a en effet relâché le contrôle sur les établissements scolaires anciennement ségrégués. "Trois jugements successifs, en 1991, 1992 et 1995, permettent aux districts scolaires d'être déclarés «intégrés», après quoi ils doivent être libérés de la tutelle juridique. Une fois libéré de cette tutelle, le district peut abandonner les pratiques de déségrégation (busing (le fait d'envoyer des enfants dans des écoles en dehors de leur quartier, ndlr), cartes scolaires, etc.), même si cela implique un retour immédiat à une ségrégation complète."

Selon une étude de l'organisation EdBuild, publiée par Le Point, "dans le sud, en 1988, 43,5 % des élèves noirs fréquentaient un établissement à majorité de Blancs. En 2011, ils n'étaient plus que 23,2 %. Une tendance qui ne se limite pas au sud : dans la ville de New York, 81,7 % des Noirs sont inscrits dans des écoles avec moins de 10 % de Blancs."

Pour continuer à intégrer des étudiants issus de minorité, des établissements scolaires ont mis en place des mesures de discrimination positive. Mais cela ne sera malheureusement pas suffisant pour effacer le racisme qui gangrène toujours le pays.