Brésil : la police lève les blocages routiers à coup de gaz lacrymogènes

Les blocages de routes se sont intensifiés ce mardi matin au Brésil au surlendemain de l'élection de Lula à la présidence, de nombreux chauffeurs de camions et des manifestants pro-Bolsonaro refusant d'accepter la défaite du président d'extrême droite. Le président sortant, muet jusqu'ici, devrait prendre la parole ce mardi.

La police routière fédérale (PRF) rapportait à la mi-journée environ 267 barrages, totaux ou partiels, dans au moins 22 des 27 Etats du Brésil. Lundi soir, seulement une douzaine d'Etats étaient concernés. "Lula non!" était-il inscrit sur un panneau accroché au-dessus d'un viaduc à Sao Paulo, la capitale économique, où plusieurs routes étaient également bloquées, notamment celle qui la relie la grande métropole à Rio de Janeiro, empêchant le départ des bus entre les deux villes.

Santa Catarina (Sud), où Jair Bolsonaro a remporté près de 70% des voix, est l'Etat qui connaît le plus important nombre de routes bloquées.

Supporters of President Jair Bolsonaro, mainly truck drivers, block the BR-101 highway in Palhoca, in the metropolitan region of Florianopolis, Santa Catarina State, Brazil, on October 31, 2022, as an apparent protest over Bolsonaro's defeat in the presidential run-off election. - The transition period got off to a tense start as truckers and demonstrators blocked several highways across Brazil on Monday in an apparent protest over the electoral defeat of Bolsonaro to leftist Luiz Inacio Lula da Silva, burning tyres and parking vehicles in the middle of the road to halt traffic. (Photo by Anderson Coelho / AFP)

"J'espère rentrer chez moi" à Rio. "J'ai pu payer une nuit dans un hôtel ici mais beaucoup de gens ont dû dormir ici à la gare routière", a déclaré à l'AFP Rosangela Senna, agent immobilier de 62 ans.

La police a fini par tirer des gaz lacrymogènes pour lever certains des barrages routiers. Mais selon le directeur général de la police Anderson Torres "quelque 200 barrages ont déjà été levés". "C'est une opération complexe" avec "plus de 75.000 kilomètres de routes qui nécessite un grand nombre de personnel et de logistique", a-t-il dit lors d'une conférence de presse. "Nous avons demandé le soutien de la police fédérale, de la police nationale et de la police militaire (...) afin de rétablir l'ordre le plus rapidement possible pour assurer le droit d'aller et venir des citoyens et la circulation des biens et des personnes", a-t-il ajouté.

Jair Bolsonaro restait toujours muré dans le silence depuis l'annonce dimanche soir de la victoire sur le fil de l'icône de la gauche Lula (50,9% contre 49,1%). Mais la presse brésilienne bruissait d'informations non-confirmées sur une déclaration avant la fin de la journée.

"Bolsonaro ne contestera pas les résultats"

De son côté, le président sortant Jair Bolsonaro muet jusqu'à présent, "ne contestera pas les résultats de l’élection", a annoncé le ministre brésilien des communication, cité par l'agence Reuteurs. Il devrait s’exprimer ce mardi, a encore précisé le ministre.

Plus de 36 heures après les résultats officiels, le président sortant Jair Bolsonaro n'a toujours pas reconnu sa défaite sur le fil (50,9%-49,1%), au contraire de plusieurs alliés de son gouvernement. De nombreux chefs d'Etat étrangers ont félicité Luiz Inacio Lula da Silva, le candidat de gauche, pour son troisième mandat à la tête du pays, après ceux entre 2003 et 2010, qui débutera officiellement le 1er janvier.

Supporters of President Jair Bolsonaro, mainly truck drivers, prevent a psychologist in a medical emergency to pass through the BR-101 highway in Palhoca, during a blockade of the highway in Palhoca, in the metropolitan region of Florianopolis, Santa Catarina State, Brazil, on October 31, 2022, as an apparent protest over Bolsonaro's defeat in the presidential run-off election. - The transition period got off to a tense start as truckers and demonstrators blocked several highways across Brazil on Monday in an apparent protest over the electoral defeat of Bolsonaro to leftist Luiz Inacio Lula da Silva, burning tyres and parking vehicles in the middle of the road to halt traffic. (Photo by Anderson Coelho / AFP)

Lundi soir, un juge de la Cour suprême a ordonné le "déblocage immédiat des routes et des voies publiques" et demandé à la Police routière fédérale (PRF) de prendre "toutes les mesures nécessaires".

A Sao Paulo, Jeremias Costa dit manifester "en lien avec l'élection, en lien avec l'avenir du Brésil, avec celui de nos enfants". Il dit attendre "avec impatience une réaction de lui (Jair Bolsonaro), mais ce n'est pas pour Bolsonaro, c'est pour le Brésil, pour la Démocratie". "Qu'ils débloquent les routes ! (... ) c'est inconcevable", rétorque Rosangela Senna, habitante de Rio de 62 ans qui attend un hypothétique départ d'autocar à la gare routière.

La capitale Brasilia était calme après les restrictions "préventives" d'accès à la place des Trois pouvoirs, où se trouvent le Palais présidentiel, le Parlement et la Cour Suprême. Un appel à manifester intitulé "Le Brésil ne sera pas un Venezuela" a été lancé pour 15H00 (18H00 GMT).

A Sao Paulo, c'est un appel qui circulait à "la plus grande mobilisation de l'Histoire" mercredi sur l'Avenue Paulista, inondée dimanche soir par des centaines de milliers de sympathisants en liesse de Lula.

Dans un éditorial mardi, le quotidien O Globo qualifiait ce mouvement de "Capitole des camionneurs", une allusion aux incidents de Washington en janvier 2021.

Le transport routier est essentiel au Brésil, pays aux dimensions continentales comptant peu de voix ferrées. En 2018, une grève de dix jours des camionneurs avait entraîné des problèmes d'approvisionnement.

Plusieurs dirigeants de ce mouvement se sont désolidarisés des camionneurs bolsonaristes.

"Ce n'est pas le moment de bloquer le pays. Il faut être unis pour défendre notre corps de métier et accepter le résultat (de l'élection). C'est ça la Démocratie", a déclaré lundi le président de l'association de chauffeurs routiers ABRAVA, Wallace Landim.

De nombreux chefs d'Etat étrangers ont félicité depuis dimanche soir Luiz Inacio Lula da Silva pour son troisième mandat à la tête du pays, après ceux de 2003 à 2010.

Lula doit prendra officiellement ses fonctions au 1er janvier, mais une transition du pouvoir devrait commencer dès maintenant, si le gouvernement sortant accepte de coopérer.

Lula a été invité mardi par l'Egypte à assister à la COP27 à Charm el-Cheikh. Un des ses porte-parole a affirmé qu'il "réfléchissait" mais "n'avait pas encore pris sa décision".