Jair Bolsonaro apaise à demi-mot

Après 36 heures de silence, Jair Bolsonaro s’est engagé à "respecter la Constitution". Il n’a pas reconnu explicitement sa défaite. Sa déclaration peut néanmoins apaiser les protestations et blocages routiers dans le pays.

Brazilian President Jair Bolsonaro make a statement for the first time since Sunday's presidential run-off election, at Alvorada Palace in Brasilia, on November 1, 2022. (Photo by EVARISTO SA / AFP)

Il aura fallu à Jair Bolsonaro près de 36 heures pour prendre la parole et faire une déclaration pour le moins sibylline. Entouré de ses proches collaborateurs, mardi, le chef de l'État sortant s'est ainsi engagé à "respecter la Constitution". Sans pour autant indiquer s'il reconnaît, ou non, sa défaite face à Lula da Silva. Ou s'il cherchera à contester les résultats.

"Le président m'a autorisé, selon la loi, à débuter le processus de transition" avec l'équipe du président élu Luiz Inacio Lula da Silva, a dit dans la foulée son chef de cabinet Ciro Nogueira.

Selon toute vraisemblance, cette prise de parole très tardive compte tenu de l'annonce officielle des résultats dimanche soir - M. Bolsonaro a remporté 49,1 % des voix contre 50,9 % pour M. Lula - s'apparente à un aveu de défaite. D'autant que, plus tôt ce mardi, le ministre des Communications Fabio Faria assurait que le président d'extrême droite ne chercherait pas à contester l'issue du scrutin. Le directeur de cabinet de M. Bolsonaro a aussi révélé que "la transition a été autorisée".

Reste que l’énigmatique déclaration présidentielle ne résout pas toutes les questions et pourrait renforcer sa réputation de "Trump des Tropiques", référence au refus obstiné de Donald Trump de reconnaître la victoire de Joe Biden en novembre 2020.

"Protestations pacifiques"

Une différence de taille pourrait bien séparer les deux hommes néanmoins. M. Bolsonaro a nettement exprimé sa préférence pour des "protestations pacifiques". Un appel qui pourrait contribuer à apaiser les tensions à travers le pays, matérialisées depuis dimanche par plusieurs actes de violence et des blocages d'axes de communication qui ont aussi entraîné des perturbations du trafic aérien.

"Les manifestations pacifiques seront toujours bienvenues, mais nous ne pouvons pas utiliser les méthodes de la gauche, (...) qui empêchent la liberté de circulation", a-t-il ajouté. Il a toutefois affirmé que ces manifestations étaient "le fruit de l'indignation et d'un sentiment d'injustice" au sujet du processus électoral.

Le vice-président élu Geraldo Alckmin a été désigné mardi coordinateur de l'équipe de transition chargée de préparer le terrain avant la passation de pouvoirs. Cette équipe, qui pourra compter jusqu'à 50 personnes, aura accès aux comptes publics et pourra préparer les premiers décrets qui seront promulgués par le nouveau président après son investiture.

L'équipe de Lula veut que le processus de transition commence "à partir de jeudi", a déclaré mardi Gleisi Hoffmann, présidente du Parti des Travailleurs (PT), cofondé par Lula. Des voyages à l'étranger sont également prévus avant sa prise de fonction. Invité par l'Egypte, le président assistera à la COP27, qui débutera dimanche à Charm el-Cheikh, a annoncé Mme Hoffmann.