Le patron de la CIA parle nucléaire et prisonniers avec son homologue russe en Turquie

Dans un rare face-à-face, les patrons des services de renseignement américain et russe se sont rencontrés lundi en Turquie, Washington réitérant sa mise en garde à Moscou contre tout recours à l'arme nucléaire dans sa guerre en Ukraine et évoquant le sort de ses ressortissants détenus en Russie.

FILE - CIA Director William Burns listens during a Senate Select Committee on Intelligence hearing, on Capitol Hill in Washington, April 14, 2021. (Graeme Jennings/Pool via AP, File)

William Burns, chef de la CIA et ancien ambassadeur des Etats-Unis à Moscou, devait transmettre à son homologue russe Sergueï Narychkine un message avertissant "des conséquences de l'emploi d'armes nucléaires par la Russie et des risques d'escalade pour la stabilité stratégique", a indiqué un porte-parole du Conseil national de sécurité de la Maison Blanche.

M. Burns "ne conduit pas des négociations de quelque sorte que ce soit" ni "ne discute d'un règlement de la guerre en Ukraine", a-t-on tenu à préciser de même source, en ajoutant que les Ukrainiens avaient été préalablement informés de la rencontre.

Le haut responsable devait aussi évoquer avec son homologue russe le cas de ressortissants américains "injustement" détenus en Russie, a poursuivi la Maison Blanche, faisant notamment allusion à la championne de basket Brittney Griner et un ancien militaire, Paul Whelan.

"Nous confirmons que des pourparlers russo-américains se tiennent aujourd'hui à Ankara", a déclaré de son côté lundi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cité par les agences de presse russes, en soulignant qu'il s'agissait d'une "initiative de la partie américaine".

Il s'est refusé à donner tout détail sur le contenu des discussions.

La présidence turque a confirmé pour sa part que "la Turquie avait accueilli une réunion entre les chefs des services du renseignement américain et russe plus tôt aujourd'hui".

La rencontre à Ankara intervient à un moment clé dans la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine, après le retrait la semaine dernière des forces russes de la ville de Kherson.

"Offre" d'échange de prisonniers

Le président russe Vladimir Poutine a suscité l'inquiétude de la communauté internationale lorsqu'il a fait une allusion à la bombe atomique dans un discours télévisé le 21 septembre, se disant prêt à utiliser "tous les moyens" dans son arsenal face à l'Occident.

Depuis, les Etats-Unis et leurs alliés se sont employés, publiquement et en privé, à mettre en garde la Russie, y compris lors d'un échange téléphonique entre le ministre américain de la Défense Lloyd Austin et son homologue russe Sergueï Choïgou.

En dépit de la guerre, des responsables américains insistent sur le fait que les Etats-Unis et la Russie ont maintenu depuis le début de l'offensive russe le 24 février des "canaux de communication", notamment via l'ambassade américaine à Moscou, pour faire passer des messages ou concernant leurs relations bilatérales.

Le président américain Joe Biden a dit espérer mercredi dernier que le président russe soit davantage disposé à discuter d'un échange de prisonniers avec les Etats-Unis.

"Mon espoir c'est que maintenant que l'élection est finie, M. Poutine pourra discuter avec nous et sera disposé à parler plus sérieusement d'un échange de prisonniers", a dit le président américain lors d'une conférence de presse au lendemain des élections de mi-mandat aux Etats-Unis.

La star du basket féminin Brittney Griner, arrêtée en février dans un aéroport de Moscou en possession d'une vapoteuse contenant du liquide à base de cannabis, a été condamnée à neuf ans de prison pour "trafic de drogues" et récemment transférée vers une colonie pénitentiaire non identifiée.

Washington a indiqué à plusieurs reprises avoir soumis à la Russie une "offre significative" pour la libération de la sportive et de l'ancien militaire Paul Whelan, restée sans réponse jusqu'à présent.

Selon des sources diplomatiques russes, un possible échange de prisonniers pourrait concerner Brittney Griner et un trafiquant d'armes russe détenu aux Etats-Unis, Viktor Bout, qui purge une peine de 25 ans de prison aux Etats-Unis.

Russes et Américains se sont entendus par le passé sur plusieurs échanges de prisonniers.