Trump dénonce la nomination "politique" et "injuste" d'un procureur spécial

La nomination d'un procureur indépendant pour superviser les enquêtes à son encontre est "injuste" et "politique", a estimé vendredi Donald Trump dans un entretien avec Fox.

<p>L'ex-président américain Donald Trump lors d'une conférence à Orlando, en Floride, le 26 février 2022</p>

Dénonçant "la pire politisation de la justice" de l'histoire américaine, le milliardaire républicain a ajouté qu'il ne participerait pas aux investigations. "C'est honteux, ils font ça juste parce que je suis en tête des sondages", a poursuivi l'ancien président qui a annoncé il y a trois jours sa candidature à la présidentielle de 2024.

Jack Smith, un procureur chevronné passé par La Haye

Le procureur spécial nommé vendredi pour superviser les enquêtes concernant Donald Trump, Jack Smith, est un procureur de carrière, passé par les parquets de New York et du Tennessee, ainsi que par La Haye, où il a notamment coordonné des poursuites en matière de crimes de guerre au Kosovo.

Décrit par le ministre américain de la Justice Merrick Garland comme un "procureur de carrière chevronné", M. Smith est depuis 2018 le procureur principal du Tribunal spécial pour le Kosovo.

Cette cour de justice de droit kosovar, installée à la Haye, aux Pays-Bas, est composée de juges internationaux et chargée d'enquêter sur des crimes commis par l'Armée de libération du Kosovo pendant et après le conflit (1998-1999).

Confirmé à ce poste en mai pour quatre ans supplémentaires, il va néanmoins "commencer immédiatement à oeuvrer en tant que procureur spécial et revenir aux Etats-Unis", a précisé M. Garland lors de sa conférence de presse vendredi.

Dans un communiqué, Jack Smith a promis d'"exercer un jugement indépendant" et de faire "avancer les enquêtes de façon rapide et minutieuse quelles que soient les conclusions qui découleront des faits et de la loi".

Diplômé en droit de la prestigieuse université de Harvard, le juriste a pour la première fois été nommé procureur adjoint en 1994, dans l'Etat de New York. Dès 1999 et pendant neuf ans, il a assuré les fonctions de procureur fédéral adjoint pour le district est de New York.

Il a ensuite rejoint le bureau du procureur de la Cour pénale internationale en 2008, où il a, pendant deux ans, "supervisé des enquêtes sensibles sur des responsables gouvernementaux et milices pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide", selon sa biographie.

Intégrité

De retour au ministère américain de la Justice en 2010, il a dirigé, en tant que chef du bureau de l'intégrité publique, une équipe d'une trentaine de procureurs chargés de mener des poursuites en matière de corruption publique et d'élections.

Il a ensuite rallié le district central du Tennessee, où il a été procureur fédéral adjoint avant de devenir procureur fédéral principal par intérim.

"Dans toute sa carrière, Jack Smith s'est bâti une réputation de procureur impartial et déterminé, qui dirige ses équipes avec énergie et application pour pister les faits, où qu'ils mènent", a salué vendredi Merrick Garland.

Personnage inconnu des Américains jusqu'à ce vendredi, M. Smith apparaît sur des clichés officiels vêtu de sa robe noire et violette de procureur principal du Tribunal spécial pour le Kosovo, le visage grave, la barbe poivre et sel et les sourcils froncés.

Il est "le bon choix", a encore assuré le ministre, pour superviser deux enquêtes autour de Donald Trump, la première sur son rôle dans la contestation des résultats de la présidentielle de 2020 et les violences du 6 janvier qui en ont découlé, et la seconde sur la gestion par l'ex-président de documents confidentiels censés être archivés.

Jack Smith était absent de cette conférence de presse car il a dû être opéré du genou après un accident de vélo, selon le Washington Post.