”Le marchand de la mort” : Viktor Bout, ce trafiquant d’armes russe échangé par les États-Unis contre la basketteuse Brittney Griner

Celui qui était considéré comme le plus grand marchand d’armes du monde dans les années 90, purgeait une peine de 25 ans de prison aux États-Unis depuis 2010.

À la faveur d’un échange de prisonniers en la Russie et les États-Unis, la basketteuse Brittney Griner a été libérée après dix mois d’incarcération et est désormais en route vers les États-Unis. La sportive était emprisonnée dans la région de Moscou depuis le mois de février pour “possession de stupéfiant”. Elle avait été arrêtée à l’aéroport de Moscou le 17 février en possession d’un liquide de vapoteuse à base de cannabis, substance illégale en Russie. Jugée fin juillet, la joueuse a été condamnée à neuf ans de prison pour un présumé “trafic de drogue”, détention qu’elle effectuait dans une colonie pénitentiaire, réputée pour les mauvais traitements infligés à leurs détenus.

Brittney Griner a été échangée contre le marchand d’armes, Viktor Bout et devrait arriver à New York ce vendredi matin. La procédure s’est déroulée à l’aéroport d’Abou Dhabi (Émirats arabes unis) comme le montre une vidéo des services de sécurité russes. On y voit l’athlète vêtue d’une veste rouge, entourée d’hommes en costume, croiser un homme moustachu visiblement ravi.

Il s’agit de Viktor Bout, prisonnier russe, échangé par les États-Unis. Le trafiquant d’armes de 55 ans avait été condamné à une peine de 25 ans de prison et sa libération décidée par Joe Biden fait débat. En effet, l’homme n’a pas la plus belle des réputations. Surnommé le “marchand de la mort” ou encore “Lord of war”, il était considéré comme le plus grand trafiquant d’armes du monde. Il a même inspiré le personnage joué par Nicolas Cage dans le film “Lord of war” sorti en 2006.

Avant de devenir “le marchand de la mort”, Viktor Bout étudie à l’Institut militaire des langues étrangères de Moscou (il parle six langues) et devient traducteur dans l’aviation de l’Armée rouge du temps de l’URSS. On le soupçonne d’être membre des services de renseignement militaires. À la chute du bloc communiste au début des années 90, il met la main sur des stocks d’armes et d’avions qu’il va vendre aux quatre coins du monde, grâce à ses propres compagnies aériennes qu’il crée pour livrer ses colis.

Durant ces années, il est accusé d’être acteur de tous les conflits armés d’Afrique et d’Asie (Angola, Libéria, Rwanda, RDC). Il vend des armes à des camps opposés et réussi même à livrer des pays sous embargo, rapporte Le Figaro, d’où son autre surnom de “briseur de sanctions”. Il entre alors dans le viseur de la CIA, mais il apporte tout de même une aide matérielle aux États-Unis en Afghanistan et en Irak, souligne le quotidien français. Il approvisionne aussi bien les talibans en armes, que ses avions acheminent de l’aide humanitaire pour l’ONU, souligne le Monde.

FILE - Alleged Russian arms dealer Viktor Bout looks out from inside the detention center while waiting for a hearing on extradition to the United States charge at criminal court on May 19, 2009 in Bangkok, Thailand.  Russia has freed WNBA star Brittney Griner on Thursday in a dramatic high-level prisoner exchange, with the U.S. releasing notorious Russian arms dealer Viktor Bout. (AP Photo/Apichart Weerawong, File)
FILE - Viktor Bout en détention en Thaïlande en 2008 (AP Photo/Apichart Weerawong, File) ©AP2009

Viktor Bout est finalement arrêté à Bangkok en Thaïlande en 2008, lors d’une opération antidrogue américaine. Il est extradé aux États-Unis en 2010 contre l’avis de la Russie, qui réclamait sa libération depuis. Il avait été condamné à 25 années de prison et à une amende de 15 millions d’euros par le tribunal de New York. “Viktor Bout était prêt à vendre un arsenal d’armes à faire pâlir certains petits pays”, a déclaré le procureur américain Preet Bharara lors de son procès en 2011, dont les propos ont été rapportés par le New York Time.

”Pour les Russes il n’est pas considéré comme un trafiquant mais comme un entrepreneur, c’est un oligarque qui fait partie du cercle des leviers d’action de Moscou. Son arrestation avait quelque chose de très humiliant pour Moscou”, explique à BFMTV le général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la revue “Défense Nationale”. Dans un ouvrage du journaliste russe Alexandre Gassiouk, paru en 2021, qui prétend raconter “la vraie histoire” de Bout, sa femme Alla Bout, le décrit comme un “homme d’affaires honnête et un grand patriote, condamné pour des crimes qu’il n’a pas commis”.