Manaus, ville nichée au coeur de la forêt amazonienne, a vécu dès le mois d'avril 2020 des scènes cauchemardesques de cadavres empilés dans des camions frigorifiques aux abords des hôpitaux, puis enterrés dans des fosses communes.

La première vague a été si dévastatrice que certains chercheurs évoquaient la possibilité d'une immunité collective, une grande partie de la population de la ville ayant été infectée.

Mais la deuxième vague a balayé ces espoirs, avec en décembre l'émergence du variant P1, plus contagieux et surtout capable de réinfecter des personnes déjà contaminées, selon des études préliminaires.

L'institut de recherche en santé publique Fiocruz a identifié ce variant amazonien dans 91% des échantillons prélevés à Manaus en janvier, contre 51% en décembre.

L'horreur a atteint son paroxysme à la mi-janvier quand l'oxygène a commencé à manquer dans les hôpitaux où plusieurs dizaines de personnes sont mortes en quelques heures, ont indiqué des médecins à l'AFP. Début février, le virus tuait en moyenne 110 personnes par jour dans cette ville de 2,2 millions d'habitants, plus du triple que lors de la première vague.

Ici, la police a dû escorter des livraisons de bonbonnes et surveiller les stocks d'oxygène dans les hôpitaux. Là, des escrocs ont profité du chaos et du désespoir des familles pour vendre des extincteurs peints en vert en faisant croire qu'il s'agissait de bonbonnes d'oxygène.

"Ceux qui pouvaient se le permettre ont acheté de l'oxygène ou ont pris l'avion pour se faire soigner ailleurs. Mais les pauvres ont été abandonnés", souligne Christovam Barcellos, chercheur à la Fiocruz.

Le drame de Manaus doit servir d'exemple pour le monde entier, avertit le Dr Benzaken, alors que le variant amazonien s'est déjà répandu dans de nombreux pays dont la France, les Etats-Unis ou le Japon.

"Manaus est le laboratoire de ce qui va advenir" ailleurs, estime-t-il. D'autres pays d'Amérique Latine ont déjà été frappés par de graves pénuries d'oxygène comme le Pérou.

Les études préliminaires montrent que la plupart des vaccins sont efficaces contre le P1 mais d'autres variants, encore plus dangereux, pourraient apparaître si le virus continue à circuler autant au Brésil, pays qui compte le plus de morts du Covid-19 (plus de 280.000) derrière les Etats-Unis.