Amérique

Je pense que ma rhétorique rassemble les gens. Notre pays va très bien", a déclaré Donald Trump mercredi, avant de s’envoler pour Dayton, puis El Paso. Une déclaration perçue comme un pied-de-nez, voire un affront par plusieurs habitants de ces villes meurtries par deux fusillades samedi dernier. Se disant "inquiet par la montée de tout groupe haineux", M. Trump tentait ainsi de contredire ceux qui l’accusent d’être à l’origine du climat violent qui règne aux États-Unis, alors qu’il s’apprêtait à être accueilli froidement dans ces deux villes. Sur la sellette pour ses propos intolérants, le milliardaire, loin de tenir un discours d’unité pour panser les plaies de la société américaine, a répondu aux critiques par de nouvelles attaques, accusant ses détracteurs de chercher "un profit politique".

Ces déclarations visaient particulièrement la maire démocrate de Dayton, où le locataire de la Maison-Blanche a atterri mercredi matin. La veille, Nan Whaley a déclaré qu’elle entendait signaler à M. Trump "qu’il n’a pas aidé" dans cette situation. "La réforme des armes à feu est clairement un exemple où rien ne s’est passé", a-t-elle ajouté. À quoi le Président a réagi en l’accusant de soutenir le sénateur socialiste Bernie Sanders et le mouvement antifa, un groupe d’extrême gauche - le tueur de Dayton aurait été proche de ces idées.

Avant de quitter Washington, M. Trump avait écarté l’interdiction des armes d’assaut telles que celles utilisées lors des fusillades de samedi dernier. "Il n’y a pas d’appétit politique pour le faire pour l’instant", a-t-il justifié, se disant toutefois favorable à l’adoption d’une loi qui empêcherait leur acquisition par des personnes souffrant de troubles mentaux.

À Dayton, le Président a visité le Miami Valley Hospital, pour remercier le personnel des services d’urgence et rencontrer les familles des victimes. Pendant ce temps, le ballon "Baby Trump", représentant un bébé colérique à l’image du Président, était hissé dans le ciel de la ville par des manifestants.

"Il n’est pas le bienvenu ici"

Le Président était attendu l’après-midi à El Paso. Dans cette ville à la frontière avec le Mexique, beaucoup se souviennent de la campagne de cet homme d’affaires, qui s’est fait élire en traitant les Mexicains de "violeurs" et évoque régulièrement une "invasion" des États-Unis par les migrants. Ces termes étaient repris dans le manifeste qui aurait été mis en ligne par l’auteur de la tuerie d’El Paso. Selon l’AFP, plusieurs organisations humanitaires et citoyennes de la ville entendaient manifester leur colère à l’égard du Président.

"Il n’est pas le bienvenu ici", a prévenu la Républicaine Veronica Escobar. Même son de cloche du côté du maire républicain d’El Paso, Dee Margo, qui a souligné que c’est sa fonction qui l’oblige à accueillir le chef de l’État.

Avant de se rendre à El Paso, le même dirigeant républicain qui appelait lundi à "mettre de côté la partisanerie" a attaqué avec virulence le candidat à la primaire démocrate Beto O’Rourke, originaire de la ville. Sur Twitter, Donald Trump a répété une théorie, maintes fois démentie, selon laquelle M. O’Rourke aurait changé son nom pour lui donner une consonance hispanique, électoralement porteuse. Et d’ajouter : "Taisez-vous !"

"Vingt-deux personnes dans ma ville natale sont mortes après un acte de terreur inspiré par votre racisme. El Paso ne se taira pas et moi non plus", a réagi M. O’Rourke.