D’apparence réservée, le président de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants a déjà fait ses preuves d’enquêteur.

Adam Schiff a écrit plusieurs scénarios de films policiers et, dit-il, refusé une offre d’Hollywood. Mais la réalité a dépassé la fiction pour l’élu démocrate de Californie qui supervise l’enquête parlementaire visant à destituer Donald Trump. Il y a 30 ans, alors jeune procureur fédéral à Los Angeles, il avait lancé sa carrière avec une affaire déjà digne d’un roman de John Le Carré : le premier agent du FBI condamné pour espionnage à la solde de Moscou.

Mais aujourd’hui, à 59 ans, il veut savoir si Donald Trump a commis un abus de pouvoir en demandant discrètement l’aide de l’Ukraine pour attaquer un adversaire politique (Joe Biden).

Plus largement, Adam Schiff, diplômé de Harvard, s’inquiète des menaces potentielles contre la sécurité américaine. Une perspective qui le guide dans ses fonctions de président de la puissante commission du Renseignement de la Chambre des représentants et, depuis le 24 septembre, de responsable de l’enquête sur un possible dossier de mise en accusation ("impeachment") de Trump.

Ne levant jamais la voix, donnant rarement dans l’hyperbole, peu auraient considéré cet homme au visage pâle et lisse comme le "chien d’attaque" des Démocrates du Congrès contre le président républicain. Et c’est sans doute ce qui a donné un écho particulièrement fort aux mots choisis par Adam Schiff pour commenter la transcription de l’échange téléphonique controversé entre Donald Trump et son homologue ukrainien. "C’est comme ça qu’un chef mafieux parle : ‘Qu’avez-vous fait pour nous ? Nous en avons tellement fait pour vous, mais ce n’est pas très réciproque. J’ai un service à vous demander’", a paraphrasé le parlementaire, élu d’une circonscription de Los Angeles. Furieux, Donald Trump multiplie, depuis lors, les insultes à son égard et demande qu’il soit "arrêté pour trahison".

Adam Schiff, cycliste passionné, qui s’est également essayé au triathlon, rappelle souvent ses premières armes de procureur et son enquête contre l’agent du FBI. "J’en ai beaucoup appris sur les techniques russes : leur façon d’opérer, qui ils ciblent […]", avait-il expliqué en mai au site Politico. Mais il se concentre aujourd’hui sur ce qu’il perçoit comme le cœur de la menace : un gouvernement étranger dispose-t-il d’un moyen de faire chanter un haut responsable américain ?