À Rocinha, la plus grande favela du Brésil, une ONG offre à la population des tests gratuits pour détecter les cas de coronavirus, afin de tenter d'endiguer la contamination dans ce quartier pauvre très densément peuplé de Rio de Janeiro.

"Les autorités sanitaires ne testent que les cas graves, ça ne permet pas de suivre l'avancée du virus et mettre en place des stratégies efficaces", explique Pedro Berto, créateur du projet "Favela sans corona".

Ancien habitant de Rocinha, cet étudiant en administration de 29 ans a collecté des fonds sur internet pour acheter plusieurs centaines de tests sérologiques mis à disposition gratuitement pour la population.

Il suffit de se rendre dans une clinique privée de la favela pour faire une prise de sang. Le résultat est connu sous 24 heures.

S'il est positif, le patient est placé en quarantaine à domicile si les symptômes sont légers, ou orienté vers un service de santé adapté s'ils sont plus prononcés.

"Il y a de grands risques de propagation du virus dans la favela, environ 40 à 50% des tests qu'on fait ici sont positifs", prévient Tiago Vieira Koch, directeur de la clinique.

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Avec ses ruelles étroites à flanc de colline, ses habitations précaires très proches les unes des autres, des familles nombreuses parfois entassées dans deux pièces, Rocinha est particulièrement vulnérable face à la pandémie.

Le dernier bilan officiel fait était de 36 cas confirmés et trois décès dans cette favela où vivent plus de 100.000 habitants.

Respecter les règles de distanciation sociale est d'autant plus difficile que beaucoup d'habitants dépendent de l'économie informelle et sont privés de revenus s'ils ne sortent pas de chez eux.

Chiffres officiels dépassés

Alvir Nelson Rosa Junior, 39 ans, a décidé de faire le test gratuit à Rocinha après avoir ressenti les premiers symptômes.

"J'ai commencé à transpirer beaucoup, même si je n'ai pas eu de fièvre. J'ai parfois du mal à respirer et je me sens fatigué. Comme j'ai des problèmes d'hypertension, il faut que je fasse attention", explique-t-il, revêtant un masque en tissu bleu aux motifs de tête de mort.

Janice Infante de Oliveira, elle, ne ressent aucun symptôme, mais a souhaité faire le dépistage après que son mari a été testé positif.

"J'ai essayé de faire le test dans d'autres endroits, mais c'était impossible. Ce projet social nous aide beaucoup. Comme je suis professionnelle de la santé, j'ai besoin de savoir si je vais bien avant d'aller travailler", raconte-t-elle.

Au-delà de Rocinha, le projet "Favela sans corona" prévoit l'envoi de tests dans d'autres quartiers pauvres de Rio.

Le Brésil est un des pays les moins efficaces au monde en terme de dépistage, avec seulement 296 tests pour un million d'habitants, un chiffre dérisoire par rapport à l'Allemagne (20.629) ou la France (5.114).

Le nombre de cas confirmés est donc largement sous-évalué, certains spécialistes estimant qu'il est 15 fois inférieur à la réalité.