Nouveaux affrontements : malgré l’annonce de mesures sociales, le mouvement de contestation reste populaire.

Une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes s’était rassemblée en divers endroits de Santiago, lundi, quand un puissant séisme a été ressenti, provoquant des mouvements de panique. Outre le séisme, les manifestations dans la capitale ont été émaillées de nombreux incidents. Des échauffourées ont éclaté entre forces de l’ordre et manifestants et plusieurs bus ont été incendiés. Des chauffeurs de taxi en colère avaient organisé des opérations-escargot contre le prix des péages. D’autres villes, comme Valparaiso ou Viña del Mar, restaient également des centres de contestation importants.

Révoltés par les inégalités sociales, les manifestants réclament notamment une réforme du système de retraites et une révision de la Constitution, tous deux hérités de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990), ainsi que de profondes réformes du modèle économique ultralibéral chilien.

La crise a déjà fait 20 morts et 1 305 blessés. Mais, pendant ce temps, le président Sebastian Piñera savoure une pizza dans un restaurant huppé : cette image du chef de l’État, l’un des hommes les plus riches du Chili, cristallise la fracture sociale. Le Président avait qualifié le Chili "d’oasis" en Amérique latine quelques jours avant que n’éclate la fronde, le 18 octobre. Aujourd’hui, alors que de nombreux Chiliens le réclament, le chef de l’État exclut de démissionner.

Un milliardaire

Le premier Président de droite depuis le retour de la démocratie en 1990 (lorsqu’il a accédé au pouvoir pour son premier mandat de 2010 à 2014, avant d’être élu à nouveau fin 2017) est considéré comme un homme d’affaires avant d’être un homme politique. Riche de 2,7 milliards de dollars, selon Forbes, dans un pays où le salaire minimum est de 375 euros, M. Piñera est un patron pilotant son propre hélicoptère, ancien propriétaire de la compagnie aérienne nationale Latam, d’une chaîne de télévision et d’un club de football. Il avait mis du temps, une fois élu en 2010, à renoncer à ses actions dans ces firmes.

"Nous sommes en guerre"

Le self-made man de 69 ans, père de quatre enfants et neuf fois grand-père, affiche désormais l’indice de popularité le plus bas depuis le retour de la démocratie. Il se présente comme le leader d’une droite rénovée, débarrassée de l’héritage Pinochet. Mais lorsque débute la protestation, il est prompt à déclarer l’État d’urgence à Santiago, affirmant que "la démocratie a l’obligation de se défendre". Et de déclarer "Nous sommes en guerre", trois jours après le début de la crise.

Semblant prendre conscience du désastre de sa communication politique, il finit par réunir les partis pour tenter de trouver "un accord social". Mais malgré un large remaniement (un tiers de ses ministres) et une batterie de mesures sociales, le Président ne parvient pas à calmer la révolte.