C'est la première fois que le "Quad", cette alliance informelle née dans les années 2000 pour contrebalancer la montée en puissance de la Chine et relancée par Donald Trump, se réunit au plus haut niveau.

"Le fait que le président Biden ait choisi d'en faire un de ses premiers événements multilatéraux démontre l'importance que nous donnons à une coopération étroite avec nos alliés et partenaires de la région indo-pacifique", a déclaré mardi la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki.

Autre signe de la priorité donnée à l'Asie, le Premier ministre japonais Yoshihide Suga sera, dans la "première quinzaine d'avril", le premier dirigeant étranger à être reçu en personne aux Etats-Unis par le nouveau président, a annoncé vendredi Tokyo.

A l'ordre du jour du "Quad": le changement climatique et surtout la pandémie de Covid-19.

Joe Biden, Yoshihide Suga, l'Indien Narendra Modi et l'Australien Scott Morrison doivent annoncer "un accord historique pour développer la capacité de production de vaccins", afin de répondre "aux graves pénuries en Asie du Sud-Est", ont dit à des journalistes de hauts responsables américains.

L'un d'eux a évoqué des "véhicules financiers complexes qui permettront une augmentation très importante, franchement drastique, des capacités de production de vaccins, jusqu'à un milliard en 2022". Cet effort s'appuiera en premier lieu sur la production en Inde, et sur le vaccin unidose américain Johnson & Johnson.

Avec cette initiative, le président des Etats-Unis s'engage à son tour clairement dans la "diplomatie du vaccin". S'il a jusqu'ici martelé qu'il entendait réserver d'abord les vaccins achetés par Washington à la population américaine, Joe Biden veut montrer qu'il ne reste pas les bras croisés face à la Chine, qui multiplie les livraisons de doses à travers le monde et notamment en Asie du Sud-Est.

Car l'autre objet du "sommet" de vendredi, et une des raisons d'être du "Quad", c'est de contenir l'activisme chinois dans la région.

En jargon diplomatique, cela se traduit par des discussions sur la "sécurité maritime" et le maintien d'une région indo-pacifique "libre et ouverte". Scott Morrison a expliqué que ces quatre "démocraties" voulaient former "un pillier pour la paix et la stabilité".

"Je pense qu'il y aura une discussion ouverte et honnête sur le rôle de la Chine sur la scène internationale", a assuré un responsable américain.

L'ex-président Trump a laissé les relations sino-américaines au plus bas depuis leur instauration dans les années 1970, au bord d'une nouvelle Guerre froide. Son successeur assure vouloir continuer le bras de fer. "Si on ne fait rien, ils vont nous écraser", a lancé Joe Biden en février au lendemain de son premier échange téléphonique avec son homologue chinois Xi Jinping.

La Maison Blanche avait alors dit qu'il avait évoqué sans détour tous les sujets de friction, de Hong Kong à Taïwan en passant par la guerre commerciale ou les violations des droits de la minorité musulmane ouïghoure.

Il y a donc une forme de continuité Trump-Biden sur la "compétition stratégique" avec le géant asiatique, qualifié de "plus grande menace pour la démocratie" par l'ex-gouvernement républicain et de "plus grand défi géopolitique du XXIe siècle" par l'actuelle équipe démocrate.

Mais cette dernière affirme vouloir se distinguer en s'appuyant sur les alliances des Etats-Unis, délaissées ou malmenées par Donald Trump, pour afficher un front uni face à Pékin. SLI/