Lundi mouvementé à Brasilia: le ministre de la Défense a annoncé son départ surprise, tandis que le chef de la diplomatie a présenté sa démission, plus attendue, à un président Jair Bolsonaro fragilisé par l'aggravation de la crise du coronavirus.

Ces deux ministres "historiques", qui faisaient partie du gouvernement depuis le début du mandat du président d'extrême droite en janvier 2019, avaient des profils très différents.

Ancien chef de l'Etat-Major, le général de réserve Fernando Azevedo e Silva, qui a quitté le ministère de la Défense, faisait partie de l'"aile militaire" du gouvernement, réputée moins extrémiste et plus pragmatique.

Ernesto Araujo, au contraire, est un des idéologues les plus exaltés, qui a rompu la tradition de multilatéralisme de la diplomatie brésilienne, et que des parlementaires accusent d'avoir été responsable des retards de livraison des doses importées de vaccins anticovid et de principes actifs pour les fabriquer en raison de ses relations tendues avec la Chine.

Un autre ministre-clé avait quitté le gouvernement Bolsonaro il y a deux semaines: celui de la Santé, Eduardo Pazuello, un général sans expérience dans le domaine médical, remplacé par le cardiologue Marcelo Queiroga, qui est le 4e ministre de la Santé depuis le début de la pandémie au Brésil.

Certains analystes commencent à entrevoir les signes d'un grand remaniement ministériel, avec d'autres changements à venir, notamment des nominations de personnalités liées à des partis centristes pour permettre au gouvernement d'obtenir davantage de soutien au Parlement.

"Préserver l'Armée"

Les départs du général Pazuello et d'Ernesto Araujo étaient attendus, après des semaines d'usure et de critiques répétées de parlementaires alliés du gouvernement.

Mais celui de Fernando Azevedo e Silva a pris tout le monde de court. Dans un bref communiqué, il a assuré avoir été "entièrement loyal" au président Bolsonaro. Mais il tient aussi à souligner ses efforts pour "préserver l'armée comme une institution d'Etat".

Des sources citées par le journal O Globo révèlent que le ministre était mal à l'aise à cause de manifestations de militants pro-Bolsonaro nostalgiques de la dictature militaire (1964-1985) et réclamant une "intervention" de l'Armée contre le Parlement et la Cour suprême.

"Le motif de ce départ n'est pas clair, soit le président veut confier ce poste à un allié politique, soit ils ont eu une grave divergence", explique à l'AFP Mauricio Santoro, politologue de l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro.

Selon la chaîne d'information Globonews, le ministre de la Défense a quitté son poste à la demande du chef de l'Etat, qui lui a annoncé sa décision lors d'une réunion de seulement cinq minutes.

"Paria"

Peu avant l'annonce de changement au ministère de la défense, une source gouvernementale avait confirmé à l'AFP que le ministre des Affaires Etrangères, Ernesto Araujo, avait présenté sa démission, qui doit encore être acceptée par le chef de l'Etat.

Cela faisait plusieurs semaines que le chef de la diplomatie était sous pression. Il était mis en cause dans le fiasco de la lutte contre le coronavirus du Brésil, qui a fait plus de 312.000 morts en un an.

"Beaucoup d'erreurs ont été commises dans le combat contre la pandémie ; l'une d'entre elles est l'absence de relations diplomatiques productives avec des pays qui auraient pu collaborer avec le Brésil en ce moment de crise", a ainsi déploré le président du Sénat, Rodrigo Pacheco, la semaine dernière.

Personnage fantasque, M. Araujo, 53 ans, était l'un des membres les plus exaltés de l'"aile idéologique" du gouvernement Bolsonaro, un farouche détracteur de la mondialisation et fervent amirateur de l'ex-président américain Donald Trump.

Il n'a eu de cesse de fustiger le "marxisme culturel" qui a "influencé le dogme scientifique du réchauffement climatique".

M. Araujo a souvent irrité par ses déclarations provocatrices la Chine "maoïste", alors que Pékin est le premier partenaire commercial du Brésil.

En octobre dernier, il avait admis que l'isolement diplomatique du Brésil n'était pas vraiment un problème pour lui.

"Oui, le Brésil parle de liberté dans le monde entier. Si ça fait de nous un paria, qu'on soit ce paria", avait-il déclaré devant des élèves de l'Institut Rio Branco, qui forme les futurs diplomates du Brésil.

Une des personnalités pressenties pour le remplacer est l'actuel ambassadeur du Brésil en France, Luiz Fernando Serra.