Amérique

Donald Trump a décidé d'imposer de nouveaux droits de douanes à la Chine, notamment parce qu'elle n'a pas, selon lui, arrêté les ventes de fentanyl vers les Etats-Unis, où cette drogue de synthèse fait des ravages.

Voici les principaux éléments du débat:

Une drogue très rentable...

Le fentanyl est un opiacé synthétique qui, sous sa forme légale, est utilisé comme sédatif dans le traitement de douleurs sévères, notamment pour des malades du cancer.

Il peut être détourné de son usage initial ou vendu illégalement sous forme de poudre, de spray ou de comprimés contrefaits.

Les trafiquants l'utilisent aussi comme additifs à d'autres substances, héroïne et cocaïne notamment, parce qu'il est beaucoup plus rentable.

Le fentanyl coûte moins cher à produire, puisqu'il ne faut pas de champs de pavot ou coca. Et de petites quantités suffisent, puisqu'il est 50 fois plus puissant que l'héroïne.

 ...et très meurtrière

La consommation de fentanyl a explosé à partir de 2013 aux Etats-Unis, nourrie par la crise des opiacés.

Dans un premier temps, la surprescription d'antidouleurs a poussé de nombreux Américains vers des drogues plus fortes, dont le fentanyl.

Puis, la prise de conscience du problème a entraîné une baisse des ordonnances pour les antidouleurs, ce qui a renvoyé les personnes dépendantes vers les marchés illégaux, sur lesquels le fentanyl est moins cher que d'autres produits.

Mais sa puissance le rend particulièrement dangereux: selon la Drug Enforcement Administration (DEA), deux milligrammes de fentanyl peuvent constituer une dose fatale.

Et les consommateurs ne savent pas toujours que du fentanyl a servi d'additif dans la drogue qu'ils achètent.

En 2018, le nombre d'overdoses mortelles a reculé pour la première fois en vingt ans aux Etats-Unis, mais les morts dues au fentanyl et autres opiacés synthétiques ont continué de progresser, avec 32.000 victimes.

La Chine, premier producteur? 

Quand les autorités américaines ont commencé à encadrer davantage la distribution d'opiacés, les laboratoires chinois se sont mis à produire à grande échelle des copies du fentanyl.

Selon Mike Vigil, ancien responsable à l'international de la DEA, la Chine produit actuellement 85% du fentanyl mondial. Pékin estime ces accusations infondées.

Sur les marchés illégaux américains, le fentanyl se vend toutefois souvent sous les noms "China girl" ou "China white".

Les consommateurs peuvent s'en procurer sur internet, sur des sites comme Weiku.com, et pouvaient recevoir leur colis par la poste, selon un rapport du Congrès américain.

Le 1er avril, sous la pression américaine, la Chine a annoncé qu'elle allait inscrire tous les types de fentanyl sur sa liste des substances réglementées, qu'elle allait renforcer ses inspections, la surveillance d'internet et des colis en douane...

Des efforts voués à l'échec ? 

En changeant légèrement la composition, les laboratoires chinois peuvent continuer à mettre sur le marché des produits problématiques et "c'est très difficile à repérer pour les régulateurs", souligne l'économiste spécialisé en santé publique Roger Bate, qui vient de publier un article sur le sujet.

"Il y a des milliers, peut-être des dizaines de milliers de petits laboratoires dont Pékin ignore l'existence", souligne-t-il aussi dans un entretien à l'AFP.

De plus, souligne-t-il, si la Chine accepte de bloquer les ventes vers les Etats-Unis de sites internet comme Weiku.com, "les vendeurs pourront toujours expédier leurs produits vers d'autres pays (...) où ils pourront être remballés."

D'autres pays sur les rangs 

"A mesure que nous mettons la pression sur la Chine, les substances vont être tout simplement envoyées au Mexique pour que (le fentanyl) soit fabriqué là-bas", a déclaré à l'AFP un responsable de la DEA sous couvert d'anonymat.

La production pourrait également "être prise en charge par la diaspora chinoise dans d'autres pays asiatiques", comme le Vietnam, note Roger Bate. Pour lui, l'Inde ou la Russie --qui a inondé l'Estonie de fentanyl à partir de 2002-- sont également capables d'en produire.