Pour illustrer ses propos, le journaliste Shane Goldmacher raconte l'histoire de Stacy Blatt, un retraité américain. Lorsqu'il entend que Donald Trump a besoin d'argent pour mener sa campagne, ce fervent Républicain n'hésite pas à lui faire un don de 500 dollars. Une somme qui représente beaucoup pour lui étant donné qu'il ne gagne que 1.000 dollars par mois. Cependant, rapidement, ces 500 dollars de dons se transforment en 3.000. A tel point que le compte bancaire de Stacy finit par être bloqué par sa banque.

Pourtant, aussi surprenant que cela puisse paraître, Stacy n'a pas été piraté. En réalité, sans qu'il ne s'en rende compte, les équipes de Trump ont réussi à lui soutirer cet argent de façon totalement légale. Comment? En utilisant une case jaune pré-cochée en bas du formulaire de don. Comme l'explique le journal, cette case autorisait des prélèvements hebdomadaires, là où le donateur pensait effectuer un virement unique. La case est même devenue tellement complexe au fil des mois (et des difficultés financières de la campagne) que même des habitués du monde politique se sont fait avoir. En tout, des milliers de personnes ont été concernées par ces dons non désirés.


Si cette technique est interdite en Europe, elle ne l'est pas aux Etats-Unis. Mais elle pose néanmoins question. "C'est injuste, c'est contraire à l'éthique et c'est inapproprié", a déclaré Ira Rheingold, directeur exécutif de l'Association nationale des défenseurs des consommateurs. Raison pour laquelle de nombreux Américains ont exigé d'être remboursés. 

Des remboursements, oui, mais...

Au cours des deux derniers mois et demi de sa campagne, le parti républicain a donc dû effectuer 530.000 remboursements, pour une valeur totale de 64,3 millions de dollars! Pendant la même période, l'équipe de Biden, elle, a dû rembourser 5,6 millions de dollars. Si les remboursements de dons ne sont donc pas exceptionnels (ils sont souvent dus à un dépassement du montant de 5.000 dollars autorisé par personne), le nombre qu'a atteint le parti républicain a de quoi surprendre. Pour les observateurs de la vie politique américaine, il s'agit même des plus gros montants jamais remboursés au cours d'une campagne électorale. Les responsables de la campagne de Trump ont beau attribuer ces dons excessifs à des partisans enthousiastes, il semblerait tout de même qu'une bonne partie d'entre eux soient dus au système de la case pré-cochée.

Puisque les équipes de Trump ont dû rembourser la majorité de l'argent versé, on pourrait donc penser que l'ex-président n'a rien gagné dans cette histoire... Mais, en réalité, cette manne de fonds équivalait ni plus ni moins à un prêt à taux 0 plus que bienvenu à un moment crucial de sa campagne. Sans compter que plusieurs personnes ont renoncé à se faire rembourser, estimant que les démarches étaient trop contraignantes au regard des sommes soutirées.

Un véritable système

La technique ultra-agressive mise en place par les équipes de campagne de Trump marchait en tout cas tellement bien qu'elle ne s'est pas arrêtée après la défaite du Républicain. Selon le New York Times, les retraits automatiques ont continué jusque décembre. De quoi alimenter "Save America", le comité d'action politique mis en place par Donald Trump pour "défendre les élections" qu'il jugeait truquées.

Et ce n'est pas la dernière fois que ce stratagème a été utilisé. Lors des élections sénatoriales, David Perdue et Kelly Loeffler, deux Républicains, se sont aussi servis des cases pré-cochées en vue du deuxième tour du scrutin. Là aussi, le taux de remboursement a grimpé en flèche peu après la campagne.

Si quelques démocrates utilisent aussi ce système, il n'est pas aussi répandu que chez les rouges et, surtout, le montant de remboursement n'a jamais atteint de tels niveaux. Une chose est sûre : les Républicains ne semblent pas prêts à se passer de cette technique facile à mettre en place et diablement efficace. 

Aujourd'hui, les sites web de divers comités du Parti républicain et des principaux Républicains du Congrès, y compris le représentant Kevin McCarthy, le chef de la minorité de la Chambre, et le sénateur Mitch McConnell, le chef de la minorité du Sénat, comprennent toujours des cases jaunes pré-cochées pour les dons multiples ou récurrents.

Fin février, pour son premier discours officiel après sa défaite, Trump et ses équipes ont d'ailleurs à nouveau utilisé ce système, en envoyant un SMS à leurs partisans avec le message "je vous ai manqué?". Une question qui contenait un lien renvoyant à une campagne de donation... agrémentée de cases jaunes pré-cochées.