L'administration Trump a fustigé samedi le "harcèlement" des démocrates à son encontre, après que l'opposition a sommé la Maison Blanche de lui fournir des documents dans le cadre de l'enquête parlementaire en vue d'une procédure de destitution de Donald Trump.

Les démocrates, qui ont accusé le président américain d'"entrave" et d'"opérations de dissimulation" en refusant de collaborer avec leurs investigations, ont fait monter la pression sur l'exécutif en exigeant aussi du vice-président Mike Pence qu'il leur fournisse des documents. La présidence a jusqu'au 18 octobre pour obtempérer.

M. Trump est menacé d'une mise en accusation ("impeachment") pour avoir demandé au président ukrainien Volodymyr Zelensky, lors d'un appel téléphonique le 25 juillet, de l'aider à rassembler des informations compromettantes sur Joe Biden, bien placé pour l'affronter en 2020.

En visite à Athènes, le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a jugé samedi que le Congrès avait "maltraité les employés du département d'Etat en les contactant directement et en cherchant à obtenir des documents qui appartiennent au département d'Etat". C'est du harcèlement, et je ne vais pas laisser faire ça à mon équipe", a-t-il lancé. Commentant les tensions à Washington autour de la volonté des démocrates de destituer M. Trump et leurs répercussions internationales, M. Pompeo s'est montré critique. "Quand le monde ne se concentre pas sur les choses qui comptent, sur les choses qui ont un impact sur la vraie vie des gens, et qu'au lieu de ça vous êtes pris dans une sorte de jeu idiot, ce n'est pas sain", a déclaré le chef de la diplomatie américaine. Le secrétaire d'Etat, qui était présent lors de l'appel entre MM. Trump et Zelensky, a toutefois promis d'être "plus réactif" et de fournir "tous les documents requis par la loi". Un assistant de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants avait indiqué à CNN que M. Pompeo n'avait pas livré dans le délai imparti les documents réclamés dans une injonction envoyée le 27 septembre.

Deuxième lanceur d'alerte? 

C'est le signalement d'un lanceur d'alerte, membre des services de renseignement, qui est à l'origine du lancement d'une enquête en vue d'une procédure de destitution. Ce lanceur d'alerte s'était inquiété du contenu de l'appel entre les présidents américain et ukrainien, jugeant que M. Trump avait "sollicité l'ingérence" de l'Ukraine dans la campagne pour sa réélection en 2020 et accusant la Maison Blanche d'avoir cherché à "étouffer le scandale".

Vendredi soir, le New York Times a évoqué l'existence d'un deuxième lanceur d'alerte potentiel qui disposerait d'informations plus directes que le premier. Selon le quotidien, il s'agit également d'un membre des services de renseignement, qui figure parmi les personnes interrogées par l'inspecteur général des services, Michael Atkinson, pour corroborer les dires du premier lanceur d'alerte. Le deuxième homme se serait lui aussi alarmé de l'attitude du président vis-à-vis de l'Ukraine, et il réfléchit à déposer sa propre plainte afin de témoigner devant le Congrès, d'après le journal.

Donald Trump a de nouveau défendu samedi son coup de fil "parfait" avec M. Zelensky, accusant le lanceur d'alerte d'être inexact dans sa version des faits. "Les médias sont (...) corrompus. Ils n'ont rien à voir avec la vérité. Le New York Times et le Washington Post sont de la pure fiction", s'est-il emporté sur Twitter.

SMS embarrassants 

En attendant, l'enquête a apporté de nouvelles révélations. Des SMS échangés par des diplomates américains, très embarrassants pour M. Trump et rendus publics jeudi par le Congrès, démontrent que l'administration américaine a bien fait pression sur le président ukrainien pour qu'il enquête sur Joe Biden à l'approche de la présidentielle. "Je me fiche de la campagne de Biden, mais pas de la corruption", a lancé vendredi M. Trump, reprenant des accusations non étayées contre le fils de l'ancien vice-président américain qui avait siégé à partir de 2014 au conseil d'administration d'une entreprise gazière ukrainienne. M. Biden a rétorqué en le qualifiant de "président le plus corrompu que nous ayons eu dans l'histoire moderne".

M. Trump a reconnu que la procédure de mise en accusation allait probablement aboutir à la Chambre des représentants, et appelé les républicains à faire bloc au Sénat où ils sont majoritaires, car c'est là qu'aura lieu un éventuel "procès". Pour l'instant, la plupart des ténors républicains se gardent d'émettre des critiques. Parmi les exceptions, Mitt Romney, ex-candidat à la présidentielle en 2012 et sénateur de l'Utah, a jugé "épouvantable" que le président ait appelé des puissances étrangères à enquêter sur M. Biden.

Ce qui lui a valu d'être traité de "crétin prétentieux" samedi par Donald Trump. "Quelqu'un pourrait-il réveiller Mitt Romney et lui dire que ma conversation avec le président ukrainien était agréable et très convenable", a tweeté le président. "Si Mitt Romney avait travaillé aussi dur sur Obama, il aurait gagné. Malheureusement, il s'est planté!", a-t-il ironisé en référence à sa défaite à la présidentielle.