Sous la menace d'une procédure de destitution, Donald Trump a laissé éclater mercredi sa frustration en s'en prenant, pêle-mêle, à Joe Biden, son possible adversaire en 2020, aux médias qualifiés de "corrompus", et à certains élus accusés de "trahison".

Très agressif, le président américain a largement esquivé les questions sur le fond du dossier: la demande faite, par téléphone, à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky d'enquêter sur les activités de Joe Biden et son fils, Hunter.

"Ce fut une magnifique conversation", s'est-il contenté de marteler lors d'une conférence de presse commune avec son homologue finlandais Sauli Niinisto, qui semblait par moment mal à l'aise au côté du président de la première puissance mondiale.

"J'ai beaucoup de respect pour les lanceurs d'alertes, mais seulement quand ce sont des vrais", a-t-il ajouté, évoquant l'individu - dont l'identité reste un mystère - à l'origine de la procédure de destitution lancée par la Chambre des représentants.

"Biden et son fils sont de vrais escrocs", a-t-il tonné.

Déterminés à maintenir la pression, les démocrates du Congrès ont menacé mercredi de forcer la Maison Blanche à leur fournir des documents qu'ils réclament. Les parlementaires adresseront formellement à l'exécutif une injonction à livrer ces documents vendredi, s'il ne s'y plie pas volontairement d'ici là.

"On ne plaisante pas ici. Nous ne voulons pas que cela traîne pendant des mois et des mois, comme cela semble être la stratégie du gouvernement", a mis en garde le président démocrate de la puissante commission du Renseignement de la chambre basse, Adam Schiff.

En réponse, le 45e président de l'histoire donne depuis trois jours dans la surenchère.

Dimanche, il a cité un pasteur baptiste qui parlait de risques de "guerre civile". Lundi, il a suggéré d'arrêter un élu démocrate pour "trahison". Mardi, il dénoncé un "coup d'Etat" le visant.

"Les démocrates-qui-ne-font-rien devraient se concentrer sur notre pays, plutôt que de faire perdre à tout le monde du temps et de l'énergie sur des CONNERIES", a-t-il tweeté peu avant sa conférence de presse.

Soutien de Poutine à Trump 

Pour l'heure, le cercle rapproché du président semble déterminé à jouer la montre, son chef de la diplomatie, Mike Pompeo, et son avocat personnel, Rudy Giuliani, au coeur de ce dossier, refusant le calendrier que tentent de leur imposer les élus démocrates du Congrès.

Considéré comme un des membres les plus influents de l'administration Trump, M. Pompeo faisait partie des personnes ayant écouté l'appel avec M. Zelensky.

Interrogé sur cette affaire lors d'une conférence de presse à Rome, le secrétaire d'Etat, qui a lui-même fait l'objet d'une injonction formelle de trois commissions du Congrès pour leur livrer des documents nécessaires à leur enquête, a laissé planer le doute sur les suites qu'il y donnerait.

"Nous remplirons bien sûr notre devoir constitutionnel (...) mais nous le ferons en cohérence avec les valeurs fondamentales du système américain", a-t-il répondu, évasif.

"Nous ne tolérerons pas que des individus sur la colline du Capitole intimident des employés du département d'Etat", a-t-il ajouté.

Les élus démocrates ont déjà fixé des dates pour entendre cinq hauts diplomates susceptibles de leur fournir des informations sur le scandale ukrainien.

L'inspecteur général du département d'Etat rencontrera mercredi après-midi, à sa demande, des élus du Congrès, a indiqué à l'AFP une source parlementaire. Il devrait leur fournir des documents concernant l'Ukraine, selon des médias américains.

Donald Trump, qui assure que son échange téléphonique estival avec Volodymyr Zelensky n'avait rien de répréhensible, a reçu mercredi un soutien dont il se serait probablement bien passé: celui du président russe Vladimir Poutine.

"Je ne vois rien de compromettant dans la conversation entre Trump et Zelensky", a lancé ce dernier. "N'importe quel chef d'Etat aurait fait la même chose", a-t-il ajouté, estimant que les adversaires politiques du président américain utilisaient "n'importe quel prétexte" pour l'attaquer.

Interrogé sur le fait de savoir si la Russie comptait interférer dans l'élection présidentielle de 2020, comme elle l'a fait en 2016 selon les services de renseignement américains, M. Poutine a ironisé.

"Je vais vous confier un secret: oui! Nous allons le faire sans faute. Mais ne le dites à personne", a déclaré le président russe sous les applaudissements de la salle.