Une victoire de Joe Biden et la première économie mondiale rejoindrait rapidement à nouveau les efforts internationaux contre le réchauffement climatique, comme il l'a promis.

Une réélection de Donald Trump et le pays ferait en revanche cavalier seul pour au moins quatre années supplémentaires.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les deux candidats étaient tous les deux en position de l'emporter, alors que les résultats définitifs n'étaient pas encore connus.

Joe Biden a présenté un plan de 1.700 milliards de dollars afin que les Etats-Unis atteignent d'ici 2050 la neutralité carbone.

Depuis son arrivée à la Maison Blanche, le président républicain a de son côté défendu l'industrie des énergies fossiles, mis en doute les scientifiques sur le changement climatique et détricoté plusieurs garde-fous environnementaux.

Si Donald Trump venait à obtenir un second mandat, la lutte pour le climat passera par les Etats, les municipalités et les entreprises, dont les initiatives, même sans l'appui du gouvernement fédéral, pourraient permettre aux Etats-Unis de réduire leurs émissions carbone de 37% d'ici 2030, selon un récent rapport du groupe America's Pledge.

En cas de victoire de Joe Biden, les Etats-Unis devront officiellement notifier à l'ONU leur volonté de revenir dans l'accord de Paris.

Ce sera "la partie facile", confie à l'AFP Andrew Light, conseiller environnemental de l'ancien président démocrate Barack Obama, soulignant que la première puissance mondiale sera laissée "à l'écart des échanges" lorsque le Royaume-Uni accueillera en décembre la conférence internationale sur le climat COP26.

L'un des objectifs de l'accord de Paris, signé en décembre 2015 par 195 pays, est de contenir la hausse des températures à 1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle.

Et selon le chercheur néerlandais Niklas Höhne, membre du groupe Climate Action Tracker, "le plan climatique de Biden pourrait permettre à lui seul de réduire la hausse des températures de l'ordre de 0,1°C".

"La politique climatique internationale se jouera à quitte ou double sur cette élection", a-t-il estimé sur Twitter. "Chaque dixième de degré compte".

Au-delà des clivages

Des défenseurs de l'environnement estiment que certains pays, comme l'Australie, l'Arabie saoudite ou le Brésil, ont profité de l'annonce du retrait américain de l'accord de Paris pour revoir à la baisse leurs propres ambitions.

Et même si les Etats-Unis étaient amenés à reprendre rapidement le train en marche, leur crédibilité pourrait être remise en cause. Ils comptaient après tout parmi les architectes de l'accord de Kyoto, qu'ils n'ont finalement jamais ratifié.

D'où la nécessité, pour Andrew Light, d'engager une politique climatique suffisamment ambitieuse et durable pour qu'une future administration républicaine ne puisse pas faire machine arrière.

"Des études montrent que la question climatique dépasse auprès du grand public le clivage entre républicains et démocrates", avance l'ancien conseiller de Barack Obama.

Quelques signes laissent déjà augurer aux Etats-Unis, même si la route est encore longue, du ralentissement des combustibles fossiles au profit des énergies renouvelables.

Malgré les efforts de Donald Trump pour relancer l'industrie, davantage de centrales à charbon ont fermé sous sa présidence qu'au cours du second mandat de son prédécesseur Barack Obama.

Et, lois du marché obligent, la production et la consommation d'énergies renouvelables ont battu des records dans le pays en 2019.

Le gaz naturel compte toujours malgré tout pour plus d'un tiers de la production énergétique américaine avec l'essor de la fracturation hydraulique.

Cette méthode d'extraction au lourd coût environnemental est devenue l'un des enjeux de la campagne présidentielle, notamment dans l'Etat-clé de Pennsylvanie, où de nombreux emplois en dépendent.

Joe Biden, pris en étau entre pragmatisme politique et ambitions écologiques, dit voir dans le gaz naturel un "pont" vers les énergies renouvelables et s'est engagé à ne pas interdire complètement la fracturation hydraulique.