La présidentielle américaine de 2016, remportée par Donald Trump, avait marqué une bérézina des instituts de sondage, qui voyaient Hillary Clinton à la Maison Blanche; sans reproduire une telle débâcle, les sondeurs ont annoncé en 2020 une victoire du camp de Joe Biden nettement plus importante que la réalité. Cinq instituts ont fait mardi leur mea culpa. "Chacun d'entre nous a estimé que l'élection se passerait bien mieux pour les démocrates par rapport à ce qui s'est produit. Alors où est l'erreur ?", s'interrogent dans un communiqué commun les firmes ALG Research, Garin-Hart-Yang Research Group, GBAO Strategies, Global Strategy Group et Normington Petts.

Ces cinq instituts de sondage jouent un rôle clé dans la sphère démocrate, conseillant les stratégies électorales au niveau local comme national. Contrairement à leurs prédictions, les démocrates n'ont par exemple pas renforcé en 2020 leur majorité à la Chambre des représentants.

Et, même si Joe Biden a largement remporté le vote populaire lors des élections présidentielles du 3 novembre, les spécificités du scrutin indirect américain font qu'il est rentré à la Maison Blanche grâce à une différence de seulement 43.000 suffrages exprimés dans les Etats du Wisconsin, de la Géorgie et de l'Arizona.

Au terme de leur opération d'introspection de plusieurs mois, les cinq sociétés d'enquête d'opinion ont conclu que leur principale erreur avait été de surestimer le taux de participation attendu des démocrates, par rapport à leurs adversaires. Cela, notamment chez les électeurs des classes populaires chez qui on s'attend à voir davantage d'abstentionnistes. Une erreur déjà commise par les sondeurs quatre ans auparavant.

"Cette erreur sur le taux de participation a eu pour conséquence que, au moins dans certaines zones, nous avons de nouveau sous-estimé la participation chez les électeurs ruraux et blancs non-diplômés", admettent les cinq firmes au sujet de cette catégorie de votants qui penche clairement du côté républicain.

Autre voie sur laquelle se sont fourvoyés les sondeurs: la compréhension du groupe des électeurs qui refusent de répondre aux enquêtes d'opinion.

"Il existe une différence radicale entre les personnes que nous avons contactées et les autres. Ce problème semble avoir été amplifié avec Trump en lice", analyse le groupe de sondeurs.

En d'autres mots, dans un pays ultra-polarisé, il semble que les Blancs des classes populaires pro-Trump aient représenté une part bien plus importante qu'imaginée des Américains ayant rejeté l'idée d'être consultés avant le scrutin. Ils ont néanmoins voté.