C'est le jour J. Donald Trump quitte le Bureau ovale et Joe Biden va être investi 46e président des Etats-Unis. À Washington, la pression monte. La récente invasion du capitole par des supporters insurgés de Donald Trump fait craindre le pire pour la cérémonie d'investiture officielle. Douze soldats de la Garde nationale américaine ont même été écartés du dispositif de sécurité dans le cadre d'une procédure de recherche d'éventuels liens avec des groupes extrémistes.

Dans les médias américains, cette journée importantissime pour la démocratie est également abondamment commentée. Petit tour d'horizon.

Pour CNN, "Biden se prépare à faire naître l'espoir et à soulager la douleur d'une nation en deuil." Selon Stephen Collinson, reporter de la chaîne de télévision d'information en continu, "le destin a associé le nouveau leader américain - un homme secoué par la tragédie qui a trouvé la force de guérir son âme - à une nation malade et blessée." Le journaliste estime qu'aujourd'hui Joe Biden "porte la douleur de la nation pour les 400 000 décès causés par la pandémie de coronavirus. Après avoir trouvé une nouvelle raison de vivre suite à ses propres deuils, il met les Américains au défi d'honorer leurs pertes en s'unissant pour gagner la bataille afin de retrouver une vie normale."

Collinson ne cache pas son impatience de voir l'ère Trump prendre fin : "Son discours inaugural (de Joe Biden) tournera symboliquement la page du 'carnage américain' perpétré par son prédécesseur et annoncera également une nouvelle aube dans laquelle la décence sera rendue au Bureau ovale."

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Dans le Washington Post, le titre de l'édito donne le ton : "Célébrer, malgré tout". Dès ses premières lignes, le quotidien marque son soulagement et celui de nombreux Américains "Eh bien, nous l'avons fait. Quelque 1 461 jours après avoir pris ses fonctions de président, Donald Trump doit les quitter. [...] De nombreux Américains, constatant les dégâts causés par M. Trump ne sont naturellement pas enclins à ressentir autre chose que du soulagement." Le journal souligne que la situation épidémiologique catastrophique dans laquelle les Etats-Unis sont empêtrés vient sévèrement noircir cette journée : "Il n'y aura pas les fêtes et les bals habituels en raison de la pandémie de coronavirus. M. Biden prête serment avec l'ombre de plus de 400 000 morts qui plane au-dessus du pays."

L'édito peu réjouissant se termine toutefois sur une note d'espoir apportée par cette nouvelle présidence: "Biden a déclaré qu'il sera aussi le président de ceux qui n'ont pas voté pour lui. Cette promesse s'inscrit dans la meilleure tradition politique américaine, qui, malgré tout, n'est pas morte."

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Le New York Times qui consacre au nouveau président un long format photographique intitulé "Joe Biden, un long chemin vers la présidence" a lui aussi l'impression d'avoir traversé une longue épreuve.

Thomas L. Friedman, éditorialiste du quotidien, entame son texte avec ces mots: "Les amis, nous venons de survivre à quelque chose de vraiment terriblement fou : quatre années d'un président sans honte, soutenu par un parti sans colonne vertébrale, amplifié par un réseau sans intégrité, chacun pompant des théories de conspiration sans vérité, amenées directement à notre cerveau par des réseaux sans éthique. Le tout réchauffé par une pandémie sans merci." Etonné que le système américain n'ait pas explosé, l'homme souligne l'ampleur de la tâche qui attend Joe Biden : "Il a du pain sur la planche. Nous n'avons pas encore idée de l'ampleur des dégâts, causés par Trump, armé de Twitter et de Facebook, [...] aux institutions et à l'immunité cognitive de notre nation. Ce fut une expérience terrible, terrible."

Trump n'a pas fait que du mauvais selon Friedman, mais "ce qu'il a fait de bon est loin de valoir le prix d'une nation plus divisée, plus malade - et avec autant de gens marinés dans des théories de conspiration - qu'à aucun autre moment de l'histoire moderne." Pour l'éditorialiste, les Américains ont besoin d'être "réunis, déprogrammés, recentrés et rassurés. Le pays tout entier a besoin d'un week-end de retraite pour redécouvrir qui nous sommes et les liens qui nous unissent - ou du moins qui nous ont un jour unis."

Le New York Post, un des plus anciens journaux américains et habituel supporter du président Trump, s'attaque dans ses colonnes à Mitch McConnell, chef de la majorité républicaine au Sénat, et à Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants. Il accuse McConnell dans son éditorial d'une "trahison qui nuit à la nation". "Juste au moment où Washington a l'occasion de tourner la page, de nouveaux signes sont apparus mardi, indiquant que le passé n'est pas encore révolu", écrit l'éditorialiste Michael Goodwin. "Il est maintenant presque certain que le Sénat tiendra un procès de destitution du président Trump la semaine prochaine. Pire encore, il semble probable qu'il sera reconnu coupable d'une seule accusation découlant de l'invasion du Capitole. Cet événement historique a reçu le feu vert de McConnell lors de son dernier jour en tant que leader de la majorité au Sénat."

Pour Goodwin, une procédure qui empêcherait Donald Trump de se représenter pour occuper un mandat public "aggraverait la polarisation de la nation, la grande majorité des 74,2 millions d'électeurs de Trump étant toujours dans son camp. [...] Il aurait été préférable que Joe Biden, qui parle de forger l'unité nationale, exhorte Pelosi à ne pas envoyer l'accusation de destitution au Sénat, estime le journal. "Au lieu de cela, la nation est sur le point d'être à nouveau tirée vers le bas [...] Pire encore, Pelosi parle d'une commission d'enquête sur les allégations de collusion entre Trump et la Russie, déjà démenties. Elle est incapable de quitter le président qu'elle aimait tant haïr."