Moins d'une semaine après avoir quitté la Maison Blanche, le milliardaire républicain revient ainsi dominer l'actualité à Washington tandis que son successeur, le démocrate Joe Biden, continue à signer des dizaines de décrets pour tenter de redresser la première économie mondiale et lutter contre l'épidémie.

Avec sa mise en accusation pour "incitation à l'insurrection" votée à la Chambre des représentants le 13 janvier, Donald Trump est devenu le premier président des Etats-Unis à tomber deux fois sous le coup d'un "impeachment". Il va désormais devenir le premier à subir un procès en destitution après avoir quitté ses fonctions.

L'ouverture formelle de ce procès sera marquée lundi soir par une cérémonie solennelle.

Vers 19H00 (00H00 GMT mardi), les "procureurs" démocrates de la Chambre traverseront les longs couloirs ornés de tableaux et statues qui les séparent du Sénat pour aller présenter l'acte d'accusation du 45e président des Etats-Unis.

Donald Trump est accusé par la Chambre d'avoir incité ses partisans à se lancer à l'assaut du siège du Congrès le 6 janvier, pendant que les parlementaires certifiaient la victoire de son rival Joe Biden à la présidentielle.

"Vous ne reprendrez jamais notre pays en étant faibles. Vous devez montrer de la force et vous devez être forts", avait-il lancé aux manifestants peu avant l'attaque du Capitole, qui a fait cinq morts.

Les scènes de violences ont bouleversé l'Amérique, et poussé plusieurs grands noms républicains à dénoncer le comportement du tempétueux milliardaire. Mais une condamnation au Sénat apparaît à ce stade improbable, le magnat de l'immobilier comptant sur de nombreux soutiens.

Après la transmission de l'acte d'accusation lundi, les sénateurs, qui feront office de jurés, prêteront serment mardi. Mais le procès en soi ne commencera que le 9 février.

Confirmation de Yellen 

Un délai qui permettra à Joe Biden de voir plus de membres de son cabinet confirmés par le Sénat, avant qu'il ne soit monopolisé par cette procédure.

Le Sénat doit ainsi approuver lundi après-midi la nomination de Janet Yellen comme secrétaire au Trésor.

Le vote de confirmation du futur chef de la diplomatie américaine Antony Blinken n'a lui pas encore été programmé, mais est attendu cette semaine.

Dressant un sombre tableau des crises sanitaires et économiques qui "empirent" aux Etats-Unis, le nouveau président démocrate espère aussi profiter de ces deux semaines pour pousser à l'adoption au Congrès de plusieurs grandes mesures.

Mais la pièce maîtresse de ses propositions, un plan titanesque de relance de l'économie et de lutte contre la pandémie de 1.900 milliards de dollars, pourrait avoir du mal à être adoptée en l'état, à en croire de premières vives oppositions de républicains.

Procès "stupide"

Depuis mercredi, les démocrates ont pris le contrôle du Sénat en plus de la Chambre. Mais leur majorité est extrêmement fragile: ils occupent 50 sièges de sénateurs, contre 50 pour les républicains. En cas d'égalité parfaite dans un vote, la nouvelle vice-présidente Kamala Harris a le pouvoir d'ajouter sa voix pour faire pencher la balance du côté démocrate.

Mais il auront besoin de 60 voix pour soumettre au vote les grandes réformes. Et des deux tiers du Sénat pour condamner Donald Trump, soit 17 voix républicaines.

Un nombre qui semble difficile à atteindre, même si leur influent chef, Mitch McConnell, n'a pas exclu de voter pour sa condamnation.

"Je trouve ce procès stupide. Je pense que cela va être contre-productif", a tonné le sénateur républicain Marco Rubio dimanche sur Fox. "Le pays est déjà en flammes et cela revient à verser de l'essence sur ce feu".

Des sénateurs républicains estiment même anticonstitutionnel de juger en destitution un ex-président, et cherchent une voie pour empêcher tout bonnement la tenue du procès.

De rares sénateurs du parti défendent néanmoins cette procédure.

"Si nous voulons que ce pays se rassemble, il est important de reconnaître que la responsabilité, la vérité et la justice sont nécessaires", a déclaré Mitt Romney dimanche sur la chaîne Fox, en laissant entendre qu'il pourrait juger coupable le magnat de l'immobilier.

Cet ex-candidat à la présidentielle fut le seul sénateur républicain à condamner Donald Trump lors de son premier procès en destitution, en février 2020 dans l'affaire ukrainienne.

Le président avait alors été acquitté par un Sénat à majorité républicaine.

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