Les Etats-Unis ont arrêté mercredi à la demande du Japon deux hommes soupçonnés d'avoir aidé l'ancien magnat de l'automobile Carlos Ghosn à fuir la justice nipponne en le dissimulant dans un caisson d'instrument de musique.

Michael Taylor, 59 ans, un ancien membre des forces spéciales américaines reconverti dans la sécurité privée, et son fils Peter Taylor, 27 ans, ont été arrêtés au petit matin à Harvard, dans le Massachusetts, a indiqué à l'AFP le ministère américain de la Justice.

Vêtus d'uniformes orange de détenu, le bas du visage masqué pour se protéger du nouveau coronavirus, ils ont comparu dans l'après-midi par visioconférence devant un juge fédéral de Boston, qui leur a expliqué les prochaines étapes de la procédure.

Le Japon dispose de 45 jours pour adresser formellement sa demande d'extradition aux Etats-Unis via les canaux diplomatiques. Les deux accusés pourront alors la contester en justice.

D'ici là, ils pourront demander à être remis en liberté sous caution. En attendant, "le statu quo reste la détention" a précisé le juge Donald Cabell.

Selon les procureurs, les deux hommes présentent un trop "grand risque de fuite" pour être remis en liberté. Peter Taylor a été interpellé alors qu'il s'apprêtait à partir pour le Liban, où s'est réfugié l'ancien patron de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, et qui n'a pas de traité d'extradition avec le Japon, ont-ils souligné.

Leur dossier "est plus complexe qu'il n'y paraît", s'est contenté de répondre leur avocat Paul Kelly.

Les deux hommes, ainsi que le Libanais George-Antoine Zayek, sont accusés par Tokyo d'avoir aidé Carlos Ghosn à échapper à la justice japonaise lors d'une évasion spectaculaire le soir du 29 décembre.

Accusé de malversations financières, le grand patron qui dispose des nationalités française, libanaise et brésilienne, était en liberté sous caution, avec interdiction de quitter le Japon, quand il a été exfiltré de l'archipel.

Une fois au Liban, il s'est posé en victime d'un "coup monté" et a assuré ne pas avoir eu "d'autres choix" que de fuir une justice "partiale".

Interrogé à plusieurs reprises sur les conditions de sa fuite, M. Ghosn a refusé de livrer les détails, mais les documents judiciaires américains précisent le contour de l'expédition.

Musiciens

Peter Taylor s'est rendu trois fois au Japon dans les mois précédant l'opération et a rencontré M. Ghosn à sept reprises, d'après ces documents.

Le 28 décembre, il a pris une chambre d'hôtel au Grand Hyatt de Tokyo, où Carlos Ghosn l'a rejoint. Les deux hommes ont discuté pendant une heure, selon les caméras de surveillance de l'établissement.

Le lendemain, Michael Taylor et George-Antoine Zayek sont arrivés à l'aéroport du Kansai, près d'Osaka dans l'ouest du Japon, à bord d'un jet privé en provenance de Dubaï. Ils portaient de grandes caisses noires semblables à des caissons d'instrument de musique et ont indiqué aux employés de l'aéroport être des musiciens.

Après avoir déposé ces caisses dans un hôtel de l'aéroport, ils ont rejoint Tokyo en train. Pendant qu'ils voyageaient, Carlos Ghosn est retourné au Grand Hyatt, où il s'est rendu directement dans la chambre de Peter Taylor pour changer de vêtements. Les quatre hommes se sont ensuite retrouvés dans cet hôtel.

Peter Taylor est parti seul prendre un avion pour la Chine. Les trois autres sont retournés à l'hôtel de l'aéroport du Kansai où étaient restés les caissons. Sur les caméras, seuls Michael Taylor et George-Antoine Zayek en repartiront avec les lourdes caisses.

"Il n'y a pas d'image de Carlos Ghosn quittant la chambre. De fait, il était caché dans les caisses", selon les documents de justice.

A l'aéroport, ils ont pu embarquer leurs bagages sans les soumettre à des contrôles de sécurité, comme c'était alors la règle pour les jets privés. Ils se sont ensuite envolés vers la Turquie, puis le Liban.

La justice japonaise a émis le 30 janvier des mandats d'arrêt contre Carlos Ghosn et ses trois complices présumés.

Peter Taylor est rentré à Boston le 22 mars et le Japon a demandé aux Etats-Unis de l'arrêter en vertu du traité d'extradition qui lie les deux pays.