Amérique Sur base de divers témoignages et de son compte Twitter, le "Washington Post" dresse le profil du tueur de Dayton.

Un adolescent réservé, tourmenté par des hallucinations et des "voix menaçantes", souffrant d’insomnie à cause des "ombres en forme d’animaux qui le hantaient la nuit". Toujours une pilule de caféine dans une main et une boisson énergisante dans l’autre. Une hit list des personnes qu’il voulait tuer. Et un compte Twitter où il partageait des messages d’extrême gauche, son inquiétude quant au changement climatique et ses blagues violentes. Tel est le portrait que le Washington Post a dressé de Connor Betts, le jeune homme de 24 ans qui, équipé d’un gilet pare-balles, d’un masque et d’un chargeur contenant cent cartouches, a ouvert le feu samedi devant un bar de Dayton, dans l’Ohio, faisant neuf morts avant d’être abattu par la police.

Se basant sur les témoignages de l’ex-petite amie du tueur et d’autres connaissances, ainsi que sur 3 000 tweets récupérés depuis son compte désormais fermé, le quotidien a tenté de plonger dans le cerveau de ce meurtrier. Car, trois jours après un weekend sanglant, marqué par deux fusillades en moins de 13 heures, un pays en deuil cherche toujours des réponses. Comment de telles tragédies ont-elles pu se produire ? Auraient-elles pu être évitées en identifiant les intentions de tueurs à temps ? Ou en imposant des limites au sacro-saint port d’armes ?

Des antécédents effacés

Adulte, Connor Betts n’avait pas de casier judiciaire. "Rien dans le dossier de cette personne ne l’aurait empêché de se procurer ces armes", a d’ailleurs déclaré dimanche le chef de la police de Dayton, Richard Biehl. Pourtant, rapporte Associated Press, les anciens camarades de classe du tueur assurent qu’il a été suspendu de l’école il y a des années pour avoir dressé une "liste de tueries" et une "liste de viols", visant les personnes dont il voulait se venger. Ils s’interrogent, donc : comment se fait-il qu’il a été autorisé à acheter l’arme militaire utilisée lors de l’attaque ? D’autant que les autorités étaient bel et bien au courant de ces antécédents. En effet, la découverte de cette liste, début 2012, avait déclenché à l’époque une enquête policière. Environ un tiers des 900 élèves de Bellbrook avaient même raté un jour d’école, craignant une attaque. Mais une loi de l’État de l’Ohio de 2012 exige que tous les casiers des mineurs soient effacés soit après 5 ans, soit au 23e anniversaire du délinquant. "C’est une tragédie qui pouvait être évitée à 100 %", s’est donc insurgé sur Twitter Drew Gainey, ex-collègue du meurtrier. Reste que plusieurs autres sources citées dans les médias américains n’avaient que des bons mots à l’égard de Connor Betts.

Son profil politique aurait-il pu alors être un signal d’alarme ? Longtemps inconnu, il a été dévoilé ce mardi par les 3 000 tweets, récupérés par le Washington Post. D’aucuns craignaient une tuerie à caractère raciste, étant donné que six des victimes de Dayton étaient noires. Mais il s’avère que Connor Betts se disait Démocrate et entretenait un discours d’extrême gauche. Critique des "camps de concentration" à la frontière américaine avec le Mexique, il portait un discours violent à l’égard de l’agence douanière. Si les détails de l’enquête semblent indiquer que le tueur d’El Paso visait des hispanophones, criant à l’invasion du Texas, les policiers tentent toujours de comprendre quelles ont été les motivations de Connor Betts pour tuer, avec sang-froid, neuf personnes dont sa sœur.