Pour son dernier séjour à Mar-a-Lago (Floride) en tant que président des États-Unis, Donald Trump a offert le spectacle d’un homme replié sur lui-même, semblant avoir abandonné toute velléité de gouverner mais rejetant l’idée de céder la place sur la scène.

Celui qui refuse toujours, près de deux mois après l’élection, d’accepter sa défaite face à Joe Biden a partagé ses journées au soleil entre parties de golf et messages vengeurs. Sur Twitter, il continue à distribuer les coups et les insultes, allant bien au-delà de ses traditionnelles cibles que sont les médias et les membres du parti démocrate. La Cour suprême, dont il a nommé trois des neuf juges ? "Incompétente et faible". Les ténors du parti républicain, son parti ? "Pathétiques". Le gouverneur républicain de Géorgie ? "Un désastre complet"



Le FBI et le ministère de la Justice ? "Ils n’ont pas fait leur boulot." Les éditoriaux du Wall Street Journal ? "Ennuyeux et incohérents".

Images fugitives

Fait notable : Donald Trump n’a plus échangé un seul mot avec le pool, le groupe d’une douzaine de journalistes qui l’accompagne dans tous ses déplacements. Le contraste est saisissant avec les quatre années écoulées au cours desquelles il a montré combien il était friand d’interactions avec les médias.

Sous l’aile d’Air Force One avant de grimper les marches, sur un tapis rouge, ou au détour d’une cérémonie, il avait souvent pour habitude de solliciter les questions et de provoquer les échanges afin de les orienter dans la direction qui lui convenait. Ce n’est plus le cas au crépuscule de sa présidence.

Lui qui, tout au long de son mandat, aimait tant prendre la pose pour les photographes en tenant en main un décret ou une loi qu’il venait de signer s’est abstenu de toute publicité dimanche dernier lorsqu’il a apposé son paraphe sur le plan de soutien à l’économie.

Ce plan de 900 milliards de dollars accordant des aides aux ménages et aux petites entreprises avait pourtant - faire rare - été voté par les élus des deux bords et était très attendu à travers le pays. Mais la signature présidentielle s’est fait attendre, Donald Trump ayant fustigé le texte avant de finalement céder sans avoir rien obtenu.

Les seules images qui resteront de ses dernières vacances présidentielles sont celles, prises de loin, où on le voit jouer au golf, tee-shirt blanc et casquette rouge Make America Great Again vissée sur le crâne.

Vingt jours

La Maison-Blanche avait assuré, dans son programme officiel qui ne prévoyait aucun événement public, qu’il continuerait à travailler "sans répit" pour les Américains. "Son emploi du temps comportera de nombreuses rencontres et de nombreux appels téléphoniques ", avait pris soin de préciser, dans une formule inhabituelle, l’exécutif américain.

Mais, au moment où les États-Unis, comme nombre d’autres pays, sont confrontés à un spectaculaire rebond de l’épidémie de Covid-19, Donald Trump n’a cependant pas dit un mot de la pandémie et de son impact sanitaire et économique. Sauf pour dénoncer l’attitude des États fédérés, responsables à ses yeux des retards dans la distribution des vaccins.

Les records macabres s’accumulent : à l’avant-dernier jour de ses vacances en Floride, les États-Unis ont enregistré mercredi 3 927 morts en 24 heures. Du jamais-vu. Après avoir renoncé au dernier moment à passer le réveillon dans son club de Mar-a-Lago, Donald Trump a quitté Palm Beach en milieu de journée.

Il lui reste 20 jours à la Maison-Blanche. Qu’en fera-t-il ? Changera-t-il enfin de posture dans la toute dernière ligne droite ? Sera-t-il présent le jour de la prestation de serment de Joe Biden, le 20 janvier ?

Certes, une poignée de fidèles supporteurs, rassemblés sur la route menant à son club de Floride, agitent toujours des drapeaux Trump en le voyant et crient "fake news" et "traîtres" au passage des journalistes, dont les vans sont situés en fin de cortège présidentiel.

Mais au Congrès les marques de soutien envers ce président reclus se font chaque jour un peu plus rares.

L’un des hommes les plus puissants de Washington, Mitch McConnell, chef de la majorité républicaine au Sénat, a reconnu la victoire de Joe Biden. Mais il a aussi clairement indiqué ces derniers jours, dans le débat sur le plan d’aide aux ménages, que les demandes du locataire de la Maison-Blanche ne faisaient désormais plus partie de ses priorités.

Coup de grâce sur le front médiatique : le New York Post, qui l’a soutenu pendant quatre ans et sur lequel Donald Trump ne tarissait pas d’éloges, a appelé le président à enfin digérer sa "colère d’avoir perdu". Le message de la une de lundi ne pouvait être plus clair : "Monsieur le président… ARRÊTEZ CETTE FOLIE".