Fin de vacances dans la confusion: inquiets d'être bloqués en Europe de nombreux touristes américains se sont précipités jeudi à Roissy pour rentrer au pays, après l'annonce surprise de Donald Trump d'interdire l'entrée des Etats-Unis aux Européens pour endiguer le coronavirus.

"C'est confirmé, on a des sièges ?", s'enquiert auprès de sa mère Kate Mendhan, une Américaine de 22 ans venue passer une semaine de vacances à Paris pendant le "spring break".

Cette étudiante en droit devait initialement regagner Minneapolis dimanche, mais elle a avancé son départ à vendredi matin.

En cause: l'annonce surprise de Donald Trump d'une suspension pour trente jours de l'entrée aux Etats-Unis des voyageurs ayant récemment séjourné en Europe, afin d'endiguer la pandémie de coronavirus que le président américain a qualifié de "virus étranger".

La mesure entrera en vigueur vendredi à minuit heure de Washington (04H00 GMT samedi).

Elle s'appliquera à toute personne ayant séjourné dans l'espace Schengen au cours des 14 jours précédant leur arrivée prévue aux Etats-Unis, mais fait exception des Américains et des résidents permanents.

Cela a pourtant semé la confusion parmi les touristes américains, dont des dizaines ont afflué quelques heures après l'annonce dans les couloirs clairsemés de l'aéroport.

La fréquentation de Roissy Charles-de-Gaulle a en effet déjà chuté autour de 100.000 passagers contre 200.000 à 260.000 passagers habituellement, selon une source aéroportuaire.

L'annonce de Trump impacte en particulier quatre compagnies aériennes: Delta, American Airlines, Air France et Norwegian, a précisé cette source.

"Je repars dans le Midwest, je m'inquiète pour mon vol", soupire Tony Kropp, dans la file d'attente du guichet de la compagnie aérienne Delta.

Venue fêter ses 35 ans à Paris, elle cherche à obtenir plus d'informations sur la situation et, si possible, avancer son retour pour "rentrer le plus vite possible".

Le département d'Etat a par ailleurs exhorté les Américains à éviter tout voyage à l'étranger.

"Mon employeur m'a demandé de rester en quarantaine chez moi pendant deux semaines à mon retour. Ça me va... Mieux vaut prévenir que guérir !", sourit Hope, en déplacement professionnel. La jeune femme, en plein enregistrement de ses bagages, a tout même avancé son vol de deux jours par précaution.

Plus de 20.000 personnes ont été contaminées par le Covid-19 en Europe, et 930 en sont mortes, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles mercredi à 17H00 GMT.

Les Etats-Unis sont aussi touchés avec plus de 900 cas recensés et au moins 28 morts.

"Bête" 

Aux yeux de Carole Mendhan, la mère de Kate, "si Donald Trump fait ça, c'est juste pour être réélu" en 2020. "C'est politique, c'est tout", ajoute-t-elle, dépitée de raccourcir son voyage sans avoir eu le temps de "voir Versailles".

"C'est tellement bête ! Aujourd'hui j'ai moins peur du coronavirus que de ce que mon pays va faire face à toute cette hystérie. D'autant que de nombreuses personnes n'ont pas de couverture santé", abonde sa fille Kate, qui trouve que le président américain "sur-réagit".

Bien assurées, ces deux Américaines n'ont pas payé de frais supplémentaires pour changer leurs billets d'avion.

"Le monde ne va pas s'arrêter de tourner à cause d'une maladie", soupire de son côté Melvin Taylor, guitariste de blues renommé qui se produit régulièrement en Europe.

Assis face au tableau d'affichage des vols du terminal 2E, guitare à ses pieds, il attend des amis de Chicago. Lui-même a prévu de rester en France jusqu'au 29 mars.

"On ne va pas changer nos plans", assure-t-il, estimant que Donald Trump fait "semblant d'agir" mais qu'il n'a pas de réelle stratégie.

Un de ses amis, également musicien, ironise: "Qu'est ce qui peut se passer ? Rester en France ? C'est bien la pire chose qui puisse nous arriver !"