Demi Kollias se souvient l’avoir vu pour la dernière fois début mars dans sa sandwicherie, Claymont Steak Shop, une institution locale où l’ancien vice-président a ses habitudes. Comme à chacune de ses visites, il a pris le temps, entre deux bouchées de "cheesesteak", la spécialité de la maison, d’échanger et de prendre des photos avec le personnel.

Amtrak Joe

Les 70 000 habitants de Wilmington savent qu’en règle générale leur meilleure chance de croiser Joe Biden est à la gare qui porte son nom. Sénateur du Delaware pendant près de quatre décennies, il a toujours préféré le train à la voiture pour ses allers-retours quotidiens entre sa ville et Washington, à deux heures de là.

Il a même officialisé depuis la gare sa candidature - vite abandonnée - à la présidentielle de 1988. Mais la présence de celui qui a longtemps été surnommé "Amtrak Joe", en référence à la société ferroviaire publique américaine, s’y résume aujourd’hui à une plaque à son nom près d’une porte condamnée en ces temps de Covid-19.

"C’est la campagne la plus bizarre que j’aie jamais vue. Une campagne sur Zoom et les réseaux sociaux", témoigne Ray Saccomandi sur le trottoir presque désert de la principale artère commerciale de la ville.

Pour l’Italo-Américain de 54 ans, gestionnaire immobilier, "Joe", comme beaucoup l’appellent simplement ici, n’a "pas vraiment besoin de faire activement campagne" dans le Delaware, un petit État de la côte est américaine, avantageux fiscalement, qui vote traditionnellement démocrate.

Et même s’il n’en fait pas beaucoup plus ailleurs après avoir décidé, sur les conseils de son médecin, de ne tenir aucun meeting électoral, sa stratégie d’attente lui réussit plutôt jusque-là : les sondages lui donnent tous une avance confortable sur Donald Trump.

Lifeguard Joe

À Wilmington, une autre installation municipale a été baptisée du nom de l’enfant du pays : le centre aquatique Joseph R. Biden Jr, dont la devanture porte fièrement le sceau officiel de la vice-présidence des États-Unis.

Arrivé dans le Delaware à l’âge de 10 ans après être né en Pennsylvanie voisine, l’ancien bras droit de Barack Obama y a officié dans sa jeunesse comme maître-nageur, au cœur d’un quartier majoritairement noir. Une expérience qu’il raconte avoir été au fondement de son engagement politique.

Au bord du bassin, dans lequel se rafraîchissent des enfants du quartier, le maître-nageur Brandon Crooks, 23 ans, sifflet autour du cou, dit lui s’intéresser davantage aux élections locales qu’à la présidentielle. "Car c’est ce qui nous touche directement."

Se voit-il un jour aspirer à la Maison-Blanche, comme son lointain prédécesseur sur la chaise haute du "lifeguard" ? "Pas vraiment, mais qui sait ? Il n’avait probablement pas non plus envie de devenir président à 19 ans quand il travaillait ici."