À 64 ans, le plus haut magistrat des États-Unis s’apprête à présider le procès au Sénat du président républicain.

Le chef de la Cour suprême des États-Unis, John Roberts, s’est toujours posé en "arbitre" au-dessus des querelles partisanes. Il se retrouve aujourd’hui plongé dans l’une des batailles politiques les plus féroces de l’histoire américaine : le procès en destitution de Donald Trump. À 64 ans, le plus haut magistrat des États-Unis s’apprête, comme l’exige la Constitution, à présider le procès au Sénat du président républicain, qui ne cesse de dénoncer une "machination" ourdie par son opposition démocrate.

Dans ce climat électrique, ce brillant juriste, toujours courtois, devrait tout faire pour rester au-dessus de la mêlée, fidèle à la ligne de conduite qu’il avait décrite en 2005, juste après avoir été nommé à la haute Cour par le Républicain George W. Bush. "Les juges sont comme des arbitres. Les arbitres ne font pas les règles, ils les appliquent" , avait-il déclaré aux sénateurs chargés de confirmer sa nomination. Leur rôle est "essentiel" mais "limité", avait-il poursuivi : "Personne ne va à un match pour voir l’arbitre."

Fidèle à cette logique, il a au cours des quinze années suivantes surtout voté avec les autres magistrats conservateurs de la plus haute juridiction des États-Unis, contre le mariage homosexuel ou pour restreindre le droit à l’avortement notamment. Mais il s’est parfois rallié à ses collègues progressistes, apportant par exemple la voix nécessaire pour valider en 2012 la loi emblématique du président démocrate Barack Obama sur l’assurance maladie.

Ce vote lui a attiré les foudres des Républicains. "John Roberts s’est révélé un désastre absolu parce qu’il nous a donné l’Obamacare", avait lancé Donald Trump pendant sa campagne. C’est un "cauchemar" ! Le "chief justice" n’avait pas réagi et, en janvier 2017, Donald Trump avait prêté serment devant lui avant d’entrer à la Maison Blanche. En 2018, à la surprise générale, John Roberts est toutefois sorti de sa réserve pour recadrer Donald Trump qui, une nouvelle fois, avait accusé un magistrat d’être partisan. Pugnace comme à son habitude, Donald Trump avait renchéri : "Je suis désolé, M. le président John Roberts, mais il existe effectivement des ‘juges pro-Obama’". Depuis cette passe d’armes, aucun nouvel éclat n’a opposé les deux hommes… mais 2020 est un terrain miné. (AFP)