Avec déjà 72 000 feux déclarés en 2019, la forêt amazonienne connaît un triste record.

Arbres carbonisés, fumées suffocantes, ciel assombri, animaux calcinés, les images de la catastrophe qui est en train de se dérouler dans la forêt amazonienne ont de quoi choquer. Et si les photos à la véracité douteuse qui se propagent sur les réseaux sociaux n’ont parfois rien à voir avec le désastre, le constat reste le même : l’Amazonie brûle depuis bientôt trois semaines et les incendies sont devenus hors de contrôle.

"Ce n’est pas un phénomène extraordinaire, il y a des feux tous les ans en Amazonie" , nous confie Béatrice Wedeux, experte forêt chez WWF. Mais cette année, les feux ont pris des proportions sans précédent. Au Brésil, depuis le début de l’année, on dénombre déjà au moins 72 000 incendies dont la moitié se trouve sur le territoire de l’Amazonie. C’est presque deux fois plus que sur l’entièreté de l’année 2018 durant laquelle 39 000 départs de feu ont été enregistrés.

Depuis 2013 et le début des observations systématiques de la forêt amazonienne par satellite, 2019 est l’année la plus dévastatrice. L’institut national de recherche spatiale (INPE) mesure d’ailleurs une augmentation de 83 % des feux de forêt cette année par rapport à la même période l’an passé. Pourtant, chaque année, les fermiers attendent la période sèche pour défricher les terres boisées à grands coups de flammes, dans le but d’en faire des terres destinées aux pâtures, principalement.

Alors, pourquoi la situation a-t-elle pris une telle ampleur cette année ? Principalement parce que cette déforestation massive reste impunie, voire carrément encouragée (voir ci-contre) depuis l’arrivée au pouvoir du président Jair Bolsonaro en janvier dernier. Et cela n’est pas sans conséquence.

Si le nombre d’hectares réduits en cendres n’a pas encore pu être mesuré à cause de l’épaisse couche de fumée qui cache aux satellites l’état actuel de la forêt, les nuages noirs qui se sont propagés jusqu’à Sao Paulo, soit à plus de 2 000 km de l’Amazonie, sont la conséquence la plus tangible de la catastrophe actuellement.

"En Amazonie, la faune et la flore ne sont pas adaptées aux incendies. S’ils dégénèrent ou qu’ils rentrent dans les réserves d’indigènes, cela aura des conséquences terribles." Sans parler de ce que la destruction du poumon vert de la Terre peut avoir comme impact sur le climat, la biodiversité (l’Amazonie abrite 10 % de la biodiversité mondiale) et sur les précipitations sur le plan régional et mondial.

Pour Jair Bolsonaro, c’est la faute des ONG

Si les incendies se déclarent chaque année en Amazonie pour faire de la place aux cultures et aux élevages, l’accélération de leur fréquence ces derniers mois est largement imputée à la politique du président brésilien Jair Bolsonaro.

"Il a créé un climat d’impunité en renforçant l’agro-industrie et en affaiblissement les lois qui protègent la nature, notamment , explique Béatrice Wedeux. Il invite les fermiers à déboiser de manière inégale alors qu’il est normalement interdit d’utiliser le feu pour déboiser en période sèche."

À titre d’exemple, "depuis son entrée en fonction, l’Institut de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables (Ibama) a distribué la quantité d’amendes la plus faible depuis 11 ans, malgré un taux de déforestation 278 % plus élevé en juillet 2019 par rapport à juillet 2018." Il s’agit donc bien d’une conséquence de la déforestation, comme le confirme Ricardo Mello, du programme Amazonie du Fonds mondial pour la nature au Brésil.

Loin de faire face à ses responsabilités, le président d’extrême droite a fait part mercredi et jeudi de ses soupçons concernant une action des ONG défendant l’Amazonie. "Il pourrait s’agir, oui il pourrait, mais je ne l’affirme pas, d’actions criminelles de ces ONG pour attirer l’attention contre ma personne, contre le gouvernement brésilien". Il fait référence aux baisses de subventions accordées aux ONG par le gouvernement qui constituerait, selon lui, un motif suffisant pour que les organisations sur place qui défendent la forêt amazonienne décident soudain d’y mettre le feu.