Le Brésil est de loin le pays le plus affecté actuellement par la pandémie de Covid-19 dans le monde. Si la mortalité cumulée par rapport au nombre d’habitants est moins élevée qu’en Belgique, ce grand pays de 213 millions d’habitants enregistre aujourd’hui tous les déboires : une gestion désastreuse de la crise par le président Bolsonaro, des vaccins qui tardent à arriver, des habitants réticents aux mesures sanitaires et un variant P1 qui serait plus contagieux et plus résistant aux vaccins que les autres.

La pire situation dans le monde ? Je dirais oui”, lâche Meinie Nicolai, directrice générale de MSF à Bruxelles. En cause, ajoute Christos Christou, président international de MSF, lors d’un briefing jeudi, “des dénis, une dédramatisation systématique, de la désinformation et un manque total de coordination au niveau fédéral”.

MSF est présente au Brésil depuis 1991 et soutient actuellement une cinquantaine de centres de santé dans trois États de l’Amazonie, l’une des régions les plus pauvres du pays. 

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Un passé glorieux

Ce qui choque l’organisation non-gouvernementale, c’est que le Brésil a eu dans le passé la capacité de faire face aux pandémies. En 2009, le pays avait vacciné 92 millions de personnes contre le H1N1 (grippe porcine) en seulement trois mois. Cette fois-ci, les retards dans l’importation des vaccins ralentissent les opérations : seulement 11,6 % de la population a reçu sa première dose et 3,74 % les deux doses. Et le choix des vaccins n’apparaît pas le plus judicieux, celui-ci incluant le chinois CoronaVac, efficace à 50,38 %, et l’AstraZeneca/Oxford.

Dans les centres de santé du pays, la situation est alarmante. Près de 80 % des patients qui aboutissent dans les unités de soins intensifs décèdent. Le personnel est débordé, sous stress. “ Un des hôpitaux où nous avons travaillé à Manaus, de 20 lits, a été transformé en hôpital de 40 lits, avec huit intubés”, explique Pierre Van Heddegem, coordinateur de MSF en Amazonie, de retour en Belgique. "Il n’y avait que deux médecins et pas de possibilité de transférer les patients vers d’autres centres. Tous les patients sont morts”.

Baisse de l'espérance de vie

Les décès sont si nombreux (plus de 348 000 selon l’OMS) que le pays a enregistré l’an dernier une baisse de l’espérance de vie de deux ans et que le nombre de décès dépasse désormais celui des naissances. Signe de la tension que subissent les centres de santé : la majorité des patients en soins intensifs a désormais moins de 40 ans. Le résultat, selon l’Association brésilienne des soins intensifs (Amib), de trois facteurs : la vaccination prioritaire des plus âgés, une exposition plus grande des jeunes au travail ou par insouciance et l’arrivée du P1.

L’absence d’une coordination centralisée de la prévention est, selon MSF, la raison principale qui explique cet encombrement des hôpitaux.

Des mesures comme le port du masque, la limitation des déplacements non essentiels et la distanciation sociale ne sont pas respectées. Elles sont contestées au niveau politique. “ Porter un masque n’est pas une attitude politique, mais une mesure de santé publique. Il faut revenir aux fondamentaux, à la science”, exhorte Christos Christou.

Une commission d’enquête parlementaire a été instaurée mercredi pour juger de la gestion de la crise du coronavirus. En octobre dernier, Jair Bolsonaro déclarait : “ Le meilleur vaccin, c’est d’attraper la maladie”.