Le 21 janvier dernier, lors de sa première prise de parole officielle sous la présidence de Joe Biden, le docteur Anthony Fauci a décrit le "sentiment libérateur" qu'il éprouvait à l'idée de pouvoir à nouveau parler de "ses connaissances, des preuves et de la science".

Et pour cause, 2020 a été l'une des années les plus éprouvantes de la très longue carrière du docteur Fauci. Depuis près de 40 ans, ce scientifique originaire de Brooklyn conseille les présidents américains sur différentes questions sanitaires. Depuis son entrée en fonction en 1984, l'immunologue de formation a épaulé pas moins de sept chefs d'Etat et a fait face à plusieurs épidémies (VIH, Ebola, Zika...). Mais la pandémie de coronavirus, et surtout la relation tendue qu'il a entretenue avec le président Trump tout au long de la gestion de celle-ci, a été une véritable épreuve pour le Dr Fauci.

Dans une interview donnée au New York Times, Anthony Fauci est revenu sur cette année compliquée.

Minimisation du danger

La négation des faits scientifiques et la minimisation du danger que la pandémie de Covid-19 représentait ont été les principaux obstacles auxquels l'expert a dû faire face. "J'essayais d'exprimer la gravité de la situation, et la réponse du président penchait toujours vers 'Eh bien, ce n'est pas si grave, n'est-ce pas ?', explique Anthony Fauci. "Le président s'entourait de gens qui disaient des choses qui n'avaient aucune valeur scientifique", poursuit le scientifique. "Moi, j'essayais d'attirer l'attention sur la maladie, et puis lui se levait et commençait à dire : 'Ça va disparaître, c'est magique, ça va disparaître"". A de nombreuses reprises, Donald Trump reprochait au Dr Fauci d'être trop pessimiste: "Le président m'appelait pour me demander d'avoir une attitude plus positive. J'avais l'impression d'être le rabat-joie de service", confie encore Fauci.

Menaces de mort

Depuis mars 2020, le docteur Fauci s'est attiré de nombreux ennemis. Lors des meetings de Trump, des milliers de partisans du Républicain ont appelé au limogeage de Fauci en scandant "Fire Fauci". Le scientifique newyorkais a a également été accusé d'avoir inventé le virus. Pire encore, il a été la cible de nombreuses menaces de mort. Depuis le 28 mars 2020, le scientifique bénificie d'ailleurs d'une protection policière. "C'est le harcèlement de ma femme, et en particulier de mes enfants, qui m'a le plus perturbé. Les gens savaient où mes enfants travaillent, où ils vivent. Les menaces venaient directement sur les téléphones de mes enfants", raconte Fauci. 

Détermination et optimisme

Malgré les épreuves, le conseiller de la Maison Blanche affirme ne jamais avoir pensé avoir démissionné. "J'avais le sentiment que si je démissionnais, cela laisserait un vide", explique-t-il. "J'ai pensé qu'il serait mieux pour le pays et pour la cause que je reste, plutôt que de partir". 

A 80 ans, l'expert n'est pas prêt de déposer les armes: "Nous vivons une pandémie historique, comme nous n'en avons pas vue depuis 102 ans. Je pense que ce que j'apporte a beaucoup de valeur ajoutée. Je veux continuer à le faire jusqu'à ce que je nous voie écraser cette épidémie, afin que les gens puissent revenir à la normale", déclare Fauci, convaincu que l'ère Biden remettra la science au coeur de l'agenda politique.