Contre toute attente, le ministère en a fait la demande, bien qu'un juge eut estimé en octobre que ce n'était pas son rôle. Dans une motion enregistrée devant une cour d'appel new-yorkaise lundi, le ministère a estimé que la façon dont l'ex-président républicain avait répondu aux accusations de l'éditorialiste - affirmant qu'il ne l'avait jamais rencontrée et qu'elle n'était "pas son genre de femme" - était "vulgaire et irrespectueuse".

Mais il a estimé que le juge fédéral en première instance, Lewis Kaplan, avait conclu de façon "erronée", en octobre, que les déclarations présumées diffamatoires de Donald Trump n'entraient pas dans le cadre de ses fonctions présidentielles.

Le ministère, désormais dirigé par Merrick Garland, a souligné que les déclarations faites à la presse par l'ex-président rentraient bien dans le cadre de ses fonctions. Et que le président était bien un "employé du gouvernement" fédéral et, à ce titre, défendable par le ministère.

E. Jean Carroll, aujourd'hui âgée de 77 ans, et son avocate Roberta Kaplan, ont dénoncé cette prise de position inattendue, et émis l'espoir que la cour d'appel rejette les arguments du ministère.

"Alors que des femmes à travers le pays demandent à des hommes de répondre de leurs agressions, le ministère essaie de m'empêcher d'exercer ce même droit. Je suis en colère! Je suis offensée!" a réagi l'éditorialiste dans un communiqué mardi.

"C'est vraiment choquant que l'actuel ministère de la Justice puisse permettre à Donald Trump de mentir impunément là-dessus", a ajouté l'avocate Roberta Kaplan.

"La position du ministère est non seulement légalement fausse, elle est moralement fausse, et donnerait aux responsables fédéraux la possibilité de couvrir des comportements sexuels inappropriés en brutalisant publiquement toute femme ayant le courage d'en parler".

E. Jean Carroll avait attaqué en novembre 2019 Trump devant un tribunal de l'Etat de New York, l'accusant de l'avoir diffamée pour avoir qualifié de "mensonge complet" ses affirmations, selon lesquelles il l'a violée dans la cabine d'essayage d'un grand magasin new-yorkais au milieu des années 90.

La demande du ministère devrait retarder une fois encore ce dossier, dans lequel E. Jean Carroll espérait obtenir prochainement des échantillons d'ADN et une déposition de Donald Trump.