Le procès historique en destitution de Donald Trump a débuté mardi par une guerre de tranchées entre les défenseurs républicains et les procureurs démocrates qui ont dénoncé des règles de procédure "truquées" visant à parvenir à un acquittement au pas de charge du président des Etats-Unis.

Les règles du jeu proposées par le chef de la majorité républicaine Mitch McConnell ont été adoptées au terme de près de 13 heures de débats, pour ce troisième procès en destitution de l'histoire du pays après ceux d'Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1999.

Les démocrates, qui représentent l'accusation, présenteront leur argumentaire mercredi à partir de 13H00 (18H00 GMT).

Dès l'ouverture des débats devant le Sénat à Washington, les deux camps étaient apparus aussi irréductibles que le pays est divisé sur le sort du milliardaire républicain. Déjà en campagne pour sa réélection en novembre, il a été mis en accusation pour abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès en décembre par la Chambre des représentants dominée par les démocrates.

Forts de leur majorité (53 sénateurs sur 100), les républicains ont fait bloc pour rejeter les onze requêtes déposées par les démocrates. Ils demandaient notamment à obtenir des documents gouvernementaux et la convocation de témoins-clés, comme le chef de cabinet de la Maison Blanche Mick Mulvaney et l'ex-conseiller à la sécurité nationale John Bolton.

"On marche à l'envers"

Le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a dénoncé "une honte nationale" qui répond selon lui à la volonté du président Trump de "dissimuler" ses "méfaits".

"On marche à l'envers, un procès avant les pièces à conviction", a lancé Adam Schiff, chargé de porter l'accusation pour les démocrates qui dénoncent un "procès truqué".

"Un procès équitable requiert des témoins", a surenchéri Hakeem Jeffries, membre de l'équipe de procureurs.

La candidate à l'investiture démocrate pour la présidentielle, Elizabeth Warren, a justifié dans la soirée cette guerre d'usure. "Soyons clairs, nous ne serions pas en train de débattre d'amendements à 22H00 si les sénateurs républicains ne trichaient pas avec les règles du procès", a-t-elle affirmé.

Signe des tensions croissantes à mesure que les heures s'écoulaient, le chef de la Cour suprême qui préside les débats, John Roberts, a émis un rare rappel à l'ordre et demandé aux deux parties de garder un "discours de civilité".

Les démocrates disposent désormais de 24 heures étalées sur trois jours pour exposer ses arguments. Puis ce sera au tour de la défense pour la même durée. Enfin, les sénateurs, qui font office de jurés, auront 16 heures pour poser leurs questions.

Le camp présidentiel a laissé entrouverte la porte pour revenir ensuite sur la question des témoins et des documents, même si les avocats de Donald Trump ont fait savoir qu'ils continueraient de s'y opposer.

"C'est une feuille de route équitable pour notre procès", a estimé l'influent M. McConnell, qui ne cache pas sa volonté d'offrir au milliardaire républicain l'acquittement rapide qu'il espère, idéalement dans un délai de deux semaines.

"Mascarade"

Accusé de vouloir organiser un procès nocturne quand les Américains dorment, il a toutefois dû rallonger d'un jour la durée des argumentaires par rapport à une première proposition.

Le 45e président des Etats-Unis n'est pas présent aux audiences.

En déplacement au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, il a de nouveau qualifié ce procès de "farce" et de "chasse aux sorcières".

Un coup de téléphone est au coeur du scandale: en juillet, Donald Trump demandait à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky d'enquêter sur Joe Biden, son adversaire démocrate potentiel à la présidentielle de novembre.

Pour cette première vraie journée de procès, retransmise en direct des heures durant par les chaînes d'informations en continu, les démocrates ont profité des amendements déposés pour présenter leur dossier d'accusation.

Selon eux, l'ex-magnat de l'immobilier doit être destitué pour avoir exercé un chantage sur Kiev - le lancement d'une enquête contre le déblocage d'une aide militaire cruciale - puis avoir refusé de collaborer à l'enquête parlementaire.

L'avocat de la Maison Blanche Pat Cipollone a répondu que l'acte d'accusation était "non seulement ridicule mais aussi dangereux pour notre République". "Il est temps de démarrer" le procès "pour pouvoir mettre fin à cette mascarade ridicule", a-t-il plaidé.

Depuis que l'affaire a éclaté en septembre, le président de 73 ans n'a cessé de clamer que son appel à son homologue était "parfait".

"C'est parfait! Il est donc parfaitement normal de tordre le bras d'un allié en gelant une aide militaire pour obtenir un coup de pouce afin de tricher lors de la prochaine élection", a ironisé Adam Schiff.

Il a comparé l'attitude du président à celle d'un "monarque, exactement le danger contre lequel est censée nous protéger la Constitution".