Encore méconnu du grand public il y a quelques mois, le sénateur américain de Caroline du Nord et membre de la commission sur la santé, Richard Burr, fait désormais polémique aux États-Unis. Il lui est reproché, ainsi qu'à trois autres sénateurs, d'avoir vendu des actions boursières, après avoir été informé de la réelle dangerosité du coronavirus par un comité scientifique. Une pratique qui s'apparente à un délit d'initié, punissable aux États-Unis.

Le 7 février, le sénateur républicain s'adressait à ses concitoyens, en alignant ses propos sur ceux de son président Donald Trump qui avait tendance, à l'époque, à minimiser l'ampleur de la crise. "Les Américains sont bien protégés, le gouvernement est mieux préparé que jamais pour parer au Covid-19", avait-il écrit dans une tribune hébergée sur le site de Fox News.

Pourtant, moins d'une semaine plus tard, le 13 février, il vendait en Bourse des titres d’une valeur comprise entre 628.000 et 1,7 million de dollars. Au total, Richard Burr a réalisé pas moins de 33 opérations boursières différentes, principalement dans le domaine hôtelier. Ce petit jeu boursier lui a finalement permis d'économiser une grande quantité d'argent, puisque quelques jours plus tard, les marchés financiers, eux-aussi victimes de la propagation du Covid-19, s'écroulaient, et les actions vendues par le sénateur avaient perdu beaucoup de valeur.

Rapport confidentiel et discours contradictoire

Aux États-Unis, ce qui pose réellement problème, c'est le double jeu opéré par le sénateur. Alors qu'il s'affichait confiant et satisfait dans les médias quant à la gestion américaine du coronavirus début février, il se montrait bien plus alarmiste dans le même temps auprès de ses proches. "Il y a une chose que je peux vous dire : la transmission de ce virus est beaucoup plus agressive que tout ce que l'on a vu dans l'Histoire", expliquait-il devant une centaine de personnes dans un club privé, le 27 février. Ce discours qui devait rester secret, a été obtenu par la radio publique américaine NPR, et il plonge le sénateur républicain dans la tourmente depuis quelques jours.

Lors de la même soirée, Richard Burr a aussi indiqué que le coronavirus pourrait engendrer "des perturbations majeures" dans l'économie américaine. "On est sans doute plus proche de la pandémie de grippe espagnole de 1918", précisait-il à son auditoire.

Richard Blurr, qui est membre de la commission en charge de questions de santé aux États-Unis, aurait donc profité d'informations confidentielles glanées lors de réunions avec des scientifiques, pour en tirer un profit financier et prévenir certaines de ses connaissances, au détriment de l'ensemble de la population. Une pratique qui ressemble beaucoup à un délit d'initié. Ces agissements, mis en lumière par le site d'information ProRepublica le 20 mars, ont consterné les personnalités politiques, aussi bien démocrates que républicaines.


De possibles sanctions

Le sénateur de Caroline du Nord n'est pas le seul a avoir profité d'informations confidentielles pour éviter des pertes financières. Le New York Times a en effet révélé que trois autres sénateurs avaient également vendu un grand nombre d'actions boursières après avoir assisté à certaines réunions avec des scientifiques et épidémiologistes au sujet du coronavirus.

En 2012, Barack Obama avait fait voter une loi aux États-Unis pour renforcer la loi de 1934 sur le délit d'initié, et tenter de limiter plus précisément ce genre de pratique, exposant les profiteurs à des sanctions financières. À l'époque déjà, Richard Burr s'était fait remarquer, puisqu'il avait été un des principaux sénateurs à s'opposer vigoureusement à la mise en application de cette loi.