Une conseillère municipale a averti la population de sa ville, Tuscaloosa située dans l'Alabama, qu'un nouveau type de soirées était organisé dans sa ville. Le souci est que personne ne semble vraiment en mesure de confirmer ses propos qui sont pourtant relayés partout dans le monde. Décryptage. 

L'information relayée par CNN et ABC News fait le tour de la toile depuis plusieurs jours maintenant : des soirées "loterie covid" seraient organisées par des jeunes en Alabama. Le but de ces soirées ? Se faire contaminer. Les organisateurs invitent pour cela des personnes infectées. Le premier participant à ces soirées qui obtient confirmation, par un médecin, qu'il est contaminé, obtient le jackpot puisqu'il empoche la somme récoltée pour la vente des entrées à l'événement.

Cette information a été dévoilée par Sonya McKinstry, membre du conseil municipal de la ville de Tuscaloosa en Alabama. "Nous pensions au début que c'était une sorte de rumeur", a-t-elle expliqué en confirmant par la suite que des médecins et les autorités sanitaires lui avaient donné raison concernant l'existence de ces événements. Elle n'a toutefois pas indiqué quels médecins ou quels responsables des autorités sanitaires lui avaient affirmé que cette information était vraie.

En abordant le sujet, la conseillère s'est montrée furieuse et l'a fait savoir au travers de son discours. "Non seulement c'est irresponsable, mais vous pouvez contracter le virus et le rapporter à la maison à vos parents ou grands-parents. Les gens meurent et il n'y a pas de remède. Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour sauver le plus de vies possible."

Le site américain Wired a balayé d'un revers de la main la rumeur de ces soirées en publiant un article expliquant pourquoi ces informations étaient fausses comme le relaie le site interne Lepoint.fr. "Cette histoire n'a aucun sens. Malgré son invraisemblance et son manque absolu de sources valides, les habitants de l'Alabama ont néanmoins réussi à faire exploser le sujet sur Internet en partageant des articles provenant de CNN, le New York Post et Associated Press, entre autres. Un titre représentatif qui déclare: 'Les étudiants de Tuscaloosa ont organisé des fêtes et ont parié sur qui allait attraper le coronavirus en premier."

Une phrase sortie de son contexte à la base des rumeurs ? 

Le site américain va plus loin dans son analyse et estime que c'est une information relayée en mars qui aurait propagé par la suite son lot de fake news. En mars, le gouverneur du Kentucky, Andy Beshear, a annoncé lors d'un bilan quotidien de la santé publique qu'un cas dans l'État avait été lié à une "fête contre le coronavirus". "Nous devons être bien meilleurs que cela", avait-t-il déclaré. "Nous devons pardonner à cette personne, mais pas à plus de personnes qu'à celle-ci."

Son anecdote liée à une soirée anti-coronavirus et sa phrase, proclamée sans plus de détails, aurait alors été déformée lorsqu'elle a été transmise aux différents médias, annonce le site Wired qui s'appuie ensuite sur un communiqué du département de la santé de l'État d'Alabama qui dit ne pas avoir "été en mesure de prouver que des soirées de ce type ont été organisées."

Sauf que, quelques jours avant la sortie de ce fameux communiqué, le chef des pompiers de la ville de Tuscaloosa, Randy Smith, avait pourtant expliqué au conseil municipal que son département avait eu des échos de ce type de soirées, citant là encore des médecins et des membres des services sanitaires de l'État d'Alabama sans pour autant donner plus de précisions sur ces fameuses sources. Sauf que la façon de décrire ces soirées ne colle pas avec la description faite par Sonya McKinstry.

L'indignation à travers le monde

Pour Randy Smith, il s'agirait "simplement" de soirées où des jeunes se rendent en sachant qu'ils sont positifs. Il est nullement question d'une loterie ou quoi que ce soit dans son intervention. Les propos de la conseillère ont dès lors eux aussi été démentis publiquement par le service des pompiers de Tuscaloosa qui a déclaré ne pas pouvoir apporter la preuve de l'existence de soirées du genre sur le territoire.

Il n'y aurait donc que Sonya McKinstry et ses alliés politiques qui feraient référence à cette fameuse "soirée loterie covid". Il n'en fallait toutefois pas moins pour que ses explications fassent le tour du monde et provoquent l'indignation. Si l'état semble bien gérer la crise du coronavirus, c'est plutôt au niveau de son voisin, la Floride, que cela coince puisque l'âge moyen des personnes infectées dans cet état est désormais de 33 ans, contre 65 il y a deux mois. Et pourtant, là-bas, il n'est pas question de "soirées loterie covid" mais plutôt de grands rassemblements le long des plages. 

En Alabama, le bilan de la pandémie n'est pas considéré comme grave comparé à la situation des Etats-Unis puisque 39.000 cas positifs ont été détectés pour 5 millions d'habitants. Un peu plus de 1.000 personnes ont perdu la vie des suites du virus.