Le département du Commerce a indiqué, dans un communiqué, que l'interdiction de la populaire application, propriété du groupe chinois ByteDance et accusée par les Etats-Unis d'espionnage au profit de Pékin, "ne prendra pas effet dans l'attente de nouveaux développements juridiques."

Il agit ainsi en conformité avec une décision rendue le 30 octobre par un tribunal fédéral de Pennsylvanie (est).

Saisie par trois créateurs de contenus de TikTok, la juge Wendy Beetlestone avait alors ordonné à l'administration américaine de ne pas empêcher d'autres entreprises de fournir des services essentiels à la plateforme, comme l'hébergement en ligne.

Mme Beetlestone avait estimé que le décret présidentiel du 6 août présentant TikTok comme une "menace à la sécurité nationale" des Etats-Unis devait être suspendu.

Le ministère américain de la Justice a toutefois fait appel jeudi de cette décision.

Interrogé par l'AFP après l'annonce du département du Commerce, TikTok a renvoyé vers sa réaction suite au jugement du mois dernier en Pennsylvanie.

"Nous sommes profondément émus par le déferlement de soutien de la part de nos créateurs, qui agissent pour protéger leur droit de s'exprimer, leurs carrières et pour aider les petites entreprises, notamment pendant la pandémie", avait indiqué la plateforme.

TikTok a également déposé en son nom propre la semaine dernière une demande de mise en suspens du décret auprès d'un tribunal de Washington.


Autre procédure

La plateforme s'est aussi tournée mardi vers une cour d'appel de Washington pour contester un autre décret, signé le 14 août par Donald Trump.

Cette mesure oblige la maison mère ByteDance à vendre les activités américaines de TikTok sous 90 jours, là aussi au nom de la "sécurité nationale des Etats-Unis".

Dans cette dernière affaire, le tribunal de la capitale fédérale américaine a donné à ByteDance et à l'administration Trump jusqu'à décembre pour présenter des documents.

Le président américain sortant accuse depuis des mois, sans preuve, la très populaire application de siphonner les données des utilisateurs américains au profit de Pékin.

M. Trump n'a pas évoqué le sort de TikTok depuis sa défaite à l'élection présidentielle face au démocrate Joe Biden, concentrant son temps et ses efforts à contester la validité des résultats et lançant des accusations de fraude sans pour l'instant fournir de preuve tangible.

Le locataire de la Maison Blanche a toutefois signé jeudi un décret interdisant aux Américains d'investir dans des entreprises chinoises accusées par son gouvernement de soutenir les activités militaires de Pékin.

Après d'âpres négociations avec plusieurs entreprises, ByteDance et TikTok ont proposé de créer une nouvelle société impliquant le groupe informatique Oracle en tant que partenaire technologique aux Etats-Unis et le géant de la distribution Walmart en tant que partenaire commercial.

Selon ce projet, Oracle et Walmart prendraient 20% des parts d'une société nommée TikTok Global, en charge des activités mondiales de la plateforme et dont le siège serait basé aux Etats-Unis.

Le projet semblait convenir à l'administration américaine, mais TikTok attend toujours le feu vert.

Elle se plaint notamment de ne pas avoir reçu de délai supplémentaire de la part du CFIUS, l'agence chargée de s'assurer que les investissements étrangers ne présentent pas de risque pour la sécurité nationale. C'est l'enquête du CFIUS qui avait débouché sur le décret du 14 août.

L'accord entre Oracle, Walmart et ByteDance est également soumis à l'approbation de Pékin, qui impose des restrictions sur les exportations de technologies développées par des entreprises chinoises.

Le fameux algorithme de TikTok, qui permet d'afficher les contenus les plus susceptibles d'intéresser les utilisateurs en fonction de leurs goûts, est au centre de toutes les attentions.

La Chine veut éviter que ce précieux système informatique ne tombe dans l'escarcelle américaine.

Plébiscitée par les adolescents, TikTok compte 100 millions d'utilisateurs aux Etats-Unis et 700 millions en tout dans le monde.