"Nous sommes toujours là". Le milliardaire Michael Bloomberg, qui vient de se lancer dans la course à l'investiture démocrate à la présidentielle américaine, sera mardi à la COP25 à Madrid pour prouver l'engagement des Américains pour le climat, malgré leur président climato-sceptique.

Après l'influente présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi la semaine dernière, c'est au tour de l'ancien maire de New York de faire une visite très remarquée à la conférence climat de l'ONU. "Je vais au sommet de Madrid parce que le président Trump n'y va pas", a-t-il déclaré dans une vidéo postée sur Twitter.

"Pire, il a commencé à retirer les Etats-Unis de l'effort mondial pour combattre le changement climatique", a ajouté le milliardaire qui fait du climat un des ses principaux axes de campagne.


"Ca remonte le moral", lance à l'AFP Sébastien Treyer, directeur de l'Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI).

"Ca permet de se dire qu'il y a des acteurs économiques, de la société civile, qui veulent s'engager (...) Et une personnalité de sa mesure est très importante", a-t-il ajouté, notant toutefois qu'à Madrid, "personne ne fait des plans sur la comète" en raison d'une présidentielle incertaine qui pourrait voir la réélection de Donald Trump.

Le président américain a officialisé il y a un mois la sortie des Etats-Unis de l'accord de Paris l'an prochain, provoquant un tollé à travers le monde.

Les Etats-Unis sont malgré tout présents à Madrid, mais discrètement. Une diplomate mène la délégation américaine alors que la plupart des pays sont représentés au moins au niveau ministériel.

Harrison Ford 

Alors, l'opposition démocrate s'est engouffrée dans cet espace public laissé vide, avec un défilé de politiques de haut niveau.

Nancy Pelosi a fait sensation le jour de l'ouverture. "Nous sommes ici pour vous dire, à vous tous (...) que nous sommes toujours là", a-t-elle martelé.

"Je suis ici (...) pour passer le message que plus des trois-quarts des Américains pensent que vous devez entendre: nous sommes toujours là ! Vous avez entendu cette phrase, mais ce sont plus que des mots", a lui aussi déclaré l'ancien vice-président Al Gore lundi soir, en référence au rapport de l'initiative America's Pledge qui rassemble villes, Etats et entreprises américaines engagées pour le climat.

Cette étude du groupe financé par Michael Bloomberg estime que si un démocrate partisan d'un "new deal" vert battait Donald Trump en novembre 2020, les Etats-Unis pourraient réduire de moitié leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport à 2005 afin de tenir les objectifs de l'accord de Paris.

Le milliardaire, doit en présenter les principales conclusions mardi à Madrid en compagnie notamment de l'acteur et militant Harrison Ford et du gouverneur de la Banque d'Angleterre Mark Carney, qui doit prendre prochainement le poste d'envoyé spécial de l'ONU pour le climat que vient d'abandonner Michael Bloomberg pour lancer sa campagne.

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Vers une hausse de 4° C 

"Le monde a désespérément besoin d'entendre un véritable leadership américain sur le changement climatique", a indiqué à l'AFP Elan Strait, de WWF. Et que ce soit Nancy Pelosi, Michael Bloomberg, Al Gore ou d'autres responsables américains présents à la COP, ce qu'ils disent "est important pour les autres pays qui ont besoin d'entendre ça au moment où ils réfléchissent à leurs propres ambitions".

Les quelque 200 signataires de l'accord de Paris qui vise à limiter le réchauffement à maximum +2°C sont pressés de toute part pour accélérer leurs réformes de réduction d'émissions de gaz à effet de serre, alors qu'au rythme actuel la planète se dirige vers une hausse du mercure d'environ 4°C.

Dans ce contexte, si les Etats-Unis, deuxième plus gros émetteur mondial, ne font pas leur part, il sera encore plus difficile de limiter la catastrophe.

A court terme, les politiques mises en place par les Etats fédérés, les villes, les entreprises "pourraient nous amener tout près des objectifs américains sous l'accord de Paris", note Elan Strait.

Mais "à long terme, atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 sera simplement impossible sans tous les leviers du gouvernement fédéral", met-il en garde.