"Nous pensons que le monde entier doit collaborer pour s'assurer que tous les pays, la Chine y compris, se comportent (...) d'une manière qui soit en adéquation avec l'ordre international", a déclaré Mike Pompeo au cours d'une conférence de presse aux côtés de son homologue britannique Dominic Raab.

Saluant des discussions "franches" avec les responsables britanniques, M. Pompeo a appelé "toutes les nations attachées à la liberté et à la démocratie (...) à comprendre la menace que représente le Parti communiste chinois".

Ces derniers mois, le Royaume-Uni n'a cessé de se rapprocher des positions de Washington, en confrontation ouverte avec la Chine, effectuant même un virage à 180 degrés sur l'équipementier télécoms Huawei.

Le chef de la diplomatie américaine a toutefois démenti que Washington ait forcé la main de son allié dans ce dossier.

"Cette décision a été prise, non pas parce que les Etats-Unis ont dit que c'était une bonne décision, mais parce que les dirigeants, ici au Royaume-Uni, ont conclu que la bonne chose à faire était de prendre cette décision pour le peuple britannique", a-t-il insisté.

Londres a affirmé avoir banni Huawei pour des raisons de sécurité, après les sanctions américaines imposées en mai à cette société pour lui couper l'accès aux semi-conducteurs fabriqués avec des composants américains.

En retour, la Chine a affirmé que Londres s'était fait "berner" par les Américains.

"Les informations qui transitent par ces réseaux d'origine chinoise finiront certainement dans les mains du Parti communiste chinois", avait précédemment affirmé Mike Pompeo. Des accusations que Huawei a fermement rejetées.

Fin de l'âge d'or

Le secrétaire d'Etat américain était arrivé vers midi au 10 Downing Street, où il est apparu sans masque de protection, tout comme le Premier ministre britannique Boris Johnson. Ils se sont toutefois ensuite assis à plus d'un mètre l'un de l'autre.

"La distanciation sociale ne signifie pas une prise de distance diplomatique ou politique", a plaisanté le chef du gouvernement britannique.

Figurait au menu des discussions, outre un futur accord commercial post-Brexit entre Londres et Washington, la situation à Hong Kong, autre sujet qui fâche Pékin.

L'âge d'or promis aux relations sino-britanniques par l'ex-ministre des Finances George Osborne au cours d'une visite à Pékin en 2015 semble donc désormais lointain.

Car le Royaume-Uni a provoqué la colère de la Chine en offrant un accès facilité à la nationalité britannique à près de trois millions d'habitants de Hong Kong, en réponse à la loi chinoise sur la sécurité nationale que Pékin a imposée à cette ancienne colonie britannique le mois dernier.

Les Britanniques ont rajouté une couche lundi en suspendant le traité d'extradition avec Hong Kong et en y étendant l'embargo sur les armes déjà appliqué à la Chine continentale, estimant que Pékin viole les termes du traité sino-britannique de 1997 qui avait accompagné la rétrocession de ce territoire.

Pour le régime chinois, cette loi, qui vise à réprimer les activités subversives, doit permettre d'assurer la stabilité et de mettre fin aux violences ayant émaillé le mouvement de contestation de 2019 à Hong Kong, ainsi que d'y réprimer le courant en faveur d'une indépendance.

Washington a de son côté révoqué le statut commercial préférentiel accordé à Hong Kong, restreint les visas pour les responsables chinois accusés de "remettre en cause" l'autonomie de l'ancienne colonie et arrêté la vente d'équipements de défense sensibles à ce territoire.

Mike Pompeo devait rencontrer jeudi en fin de journée l'ancien gouverneur de Hong Kong Chris Patten, ainsi que Nathan Law, un des jeunes militants les plus en vue du mouvement hongkongais pour des réformes, qui réside actuellement à Londres.