Neuf mois après la mort du quadragénaire noir sous le genou d'un policier blanc, les avocats de ce dernier, Derek Chauvin, et les procureurs ont entamé un examen scrupuleux des jurés potentiels.

Compte-tenu des passions suscitées par ce dossier, qui a déclenché un sursaut antiraciste dans le monde entier, cette phase du procès, prévue sur trois semaines, est très délicate.

Sur les huit premières personnes auditionnées, toutes ont reconnu avoir eu vent de l'affaire. "C'était tout le temps à la télé", a souligné l'une d'elles. Certaines ont admis avoir forgé leur opinion, ont critiqué ou loué la police.

Plusieurs ont confié être inquiètes pour leur sécurité. Leur anonymat est pourtant protégé et les caméras qui filment les audiences doivent les garder hors-cadre.

Six ont été écartées à la fin de leur interrogatoire. Seize l'avaient déjà été la veille sur la base de leurs réponses à un questionnaire.

Seuls un jeune homme blanc, un chimiste qui s'est dit attaché "aux faits", et une jeune femme métisse ayant un oncle policier ont convaincu les parties de leur impartialité.

Ils reviendront devant le tribunal le 29 mars pour le début des débats de fond.

Face à eux, Derek Chauvin, costume gris et chemise bleue, a consciencieusement pris des notes. Remis en liberté contre le versement d'une caution d'un million de dollars, il comparaît libre.

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Le 25 mai, cet homme de 44 ans, dont 19 dans les rangs de la police de Minneapolis, était intervenu avec trois collègues afin d'arrêter George Floyd, soupçonné d'avoir utilisé un faux billet de vingt dollars pour s'acheter un paquet de cigarettes.

Devant des passants effarés, le policier avait maintenu son genou sur le cou du quadragénaire noir, menotté et plaqué au sol, pendant près de neuf minutes, malgré ses supplications.

Alertées par une vidéo du drame, des foules sont descendues dans les rues, de Miami à Los Angeles, mais aussi à Londres, Paris ou Sydney pour réclamer la fin des violences policières et du racisme.

La mobilisation s'est tassée à l'automne mais des manifestants se sont de nouveau fait entendre ce week-end à Minneapolis pour réclamer la condamnation de Derek Chauvin.

Son procès aurait dû démarrer lundi mais des incertitudes sur les charges pesant contre lui ont retardé la procédure.

Pour l'instant, il est inculpé de meurtre et d'homicide involontaire. Un troisième chef, proche de "violences volontaires ayant entraîné la mort", fait l'objet d'un ultime recours.

"Voir dire"

La phase d'examen des jurés potentiels, dite "voir dire", permet aux parties d'écarter "les dangers potentiels pour leur cause" mais aussi de tester leurs arguments, selon Steve Tuller, un consultant spécialisé dans cet exercice.

"La cause de la mort de George Floyd fait l'objet d'une forte controverse", a de fait déclaré mardi Eric Nelson, l'avocat de Derek Chauvin.

Il compte en effet plaider que son client n'est pas responsable de la mort de l'Afro-Américain et que celui-ci est mort d'une overdose au fentanyl.

L'autopsie a montré qu'il avait consommé cet opiacé de synthèse, mais identifié la "compression de son cou" comme cause de la mort.

L'accusation soutiendra pour sa part que Derek Chauvin a fait un usage excessif de la force en connaissance de cause.

Dans des documents judiciaires, elle a notamment souligné qu'il avait maintenu son genou sur le cou du quadragénaire, même une fois celui-ci inconscient et son pouls indétectable.

Le verdict ne devrait pas être rendu avant fin avril.

Si le policier devait être acquitté ou si les douze jurés n'arrivent pas à se mettre d'accord -- ce qui annulerait tout bonnement le procès -- "les gens vont se déchaîner", a prédit l'oncle de George Floyd, Selwyn Jones lors d'un entretien avec l'AFP.

Les autorités de Minneapolis, qui s'était déjà embrasée à la fin mai, ont prévu de mobiliser des milliers de policiers et de soldats de la Garde nationale au moment du verdict.

Les abords du siège du gouvernement, où se tient le procès, ont déjà pris des airs de camp retranché, avec de hautes clôtures, des barbelés et des blocs de béton.

Les trois autres policiers impliqués dans le drame, Alexander Kueng, Thomas Lane et Tou Thao, seront pour leur part jugés ensemble en août pour "complicité de meurtre".

© afp