Les neuf États dotés de l'arme nucléaire ont dépensé l'équivalent d'un peu plus de 66,5 milliards d'euros en 2019 pour maintenir ou étendre la capacité de ce dispositif, soit un budget en augmentation de près de 10% par rapport à 2018, a souligné mercredi à Genève la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN). 

Selon le rapport de cette dernière, qui s'appuie sur plusieurs dizaines de sources différentes, l'enveloppe de 2019 a grossi de plus de 6 milliards d'euros en un an, en ligne avec la progression de l'ensemble des dépenses militaires.

Les États-Unis sont à l'origine de la majeure partie de cette augmentation et, plus globalement, de près de la moitié des dépenses mondiales en armes nucléaires, selon l'ICAN, qui a reçu le Prix Nobel de la paix en 2017. Le budget américain, comprenant la recherche sur les armes nucléaires et leurs systèmes de lancement, a ainsi augmenté de 5,8 milliards de dollars (5,3 milliards d'euros) pour atteindre 35,4 milliards de dollars (32,6 milliards d'euros) l'année dernière.

Les dépenses (au moins trois fois moins élevées) de la Chine, de la Grande-Bretagne, de la Russie, de la France et de l'Inde ont également augmenté, mais de manière beaucoup plus limitée.

En Israël et en Corée du Nord, les dépenses estimées sont restées stables. L'État hébreu est soupçonné de posséder un arsenal nucléaire mais refuse de le confirmer.

Le Pakistan est le seul pays doté de l'arme nucléaire qui a alloué moins de subsides à son programme l'année dernière, selon le rapport de l'ICAN. Celui-ci se base sur des données accessibles au public ainsi que sur des estimations du budget de la Défense.

Chaque minute, les États dotés de l'arme nucléaire ont ainsi investi plus de 128.000 euros dans ce type d'armement, déplore la Campagne internationale. "C'est absurde", dénonce la directrice de l'organisme, Beatrice Fihn, qui regrette que ce financement n'ait pas plutôt été attribué à "la protection de la santé de leurs citoyens".

Selon les estimations de l'ICAN, les dépenses américaines, britanniques et françaises sur l'armement nucléaire auraient pu financer, dans chaque pays, les salaires annuels de dizaines de milliers de membres du personnel de santé, plus de 100.000 lits pour des patients atteints du Covid-19 et des dizaines de milliers de ventilateurs.

Adopté par l'Assemblée générale de l'Onu en septembre 1996, le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICEN) n'a pas été ratifié par les États-Unis, la Chine, l'Inde, le Pakistan, Israël, la Corée du Nord et l'Iran - notamment -, ce qui l'empêche d'entrer en vigueur. Le texte, défendu par l'ICAN, impose aux États de ne pas procéder à des explosions expérimentales d'armes nucléaires. Il contient aussi un dispositif de vérification reposant sur 300 stations de mesure sismique dans le monde.