Le film Joker de Todd Philips se retrouve au coeur d’une polémique avant même sa sortie le 2 octobre prochain, après avoir fait parler de lui en gagnant contre toute attente le prestigieux Lion d’or de la Mostra de Venise.

Des membres de la famille et des amis des victimes de la fusillade de 2012 qui a eu lieu à Aurora, dans le Colorado, lors de la projection de "The Dark Knight Rises" expriment leur inquiétude face à la sortie prochaine de "Joker", une adaptation de bande dessinée qui suscite la controverse pour la violence de ses scènes.

Dans une lettre à Ann Sarnoff, PDG de Warner Bros., familles et amis de victimes ont exhorté la société à se joindre à Walmart et à CVS pour défendre la sécurité autour des armes à feu.

"Nous vous appelons à utiliser votre plate-forme massive et votre influence pour nous rejoindre dans notre combat pour construire des communautés plus sûres avec moins d'armes à feu", peut-on lire dans la lettre. "Nous vous appelons à faire partie du groupe grandissant de chefs d'entreprise qui comprennent qu'ils ont la responsabilité sociale de veiller à notre sécurité à tous".

La lettre a été signée par Sandy et Lonnie Phillips, un couple dont la fille Jessica Ghawi, âgée de 24 ans, a été assassinée lors de la fusillade d’Aurora, Theresa Hoover, la mère d'Alexander J. Boik, âgée de 18 ans, qui a également été abattue, Heather Dearman, dont la cousine Ashley Moser, a perdu un enfant à naître et une fille de 6 ans dans l'attaque et Tiina Coon, dont le fils a été témoin de la fusillade.

Au lieu d'appeler à un boycott ou à une interdiction, les proches des victimes demandent à Warner Bros de mettre fin aux contributions politiques aux candidats qui prennent de l'argent de la NRA (The National Rifle Association), la principale association de défense des armes à feux, et votent contre la réforme des armes à feu. Ils demandent également à la compagnie d’utiliser son influence politique pour faire pression sur les dirigeants du Congrès pour la réforme des armes à feu et financer des fonds de survivants et des programmes d'intervention contre la violence armée.

La Warner Bros a réagi ce matin à cette lettre. L’un de ses représentants a déclaré: "La violence armée dans notre société est une question cruciale et nous exprimons notre plus profonde sympathie à toutes les victimes et à toutes les familles touchées par ces tragédies. Notre société fait depuis longtemps des dons aux victimes de violence, notamment à Aurora. Au cours des dernières semaines, notre société mère s’est jointe à d’autres dirigeants pour demander aux décideurs d’adopter une législation bipartite pour lutter contre cette épidémie. Dans le même temps, Warner Bros. pense que l’une des fonctions de la narration est de provoquer des conversations difficiles sur des problèmes complexes. Ne vous y trompez pas: ni le personnage fictif Joker, ni le film, ne constituent une approbation de la violence dans le monde réel. Ce n'est pas l'intention du film, des cinéastes ou du studio de faire de ce personnage un héros."

La fusillade dans un cinéma d’Aurora a coûté la vie à 12 personnes et a eu lieu au cours d'une projection à minuit du film de Warner Bros. «The Dark Knight Rises», dont un des personnages est le Joker. Ce nouveau film qui lui est consacré sort dans un contexte de tensions aux Etats-Unis, à la suite des fusillades en série d’El Paso (Texas) et Dayton (Ohio). Des nouveaux meurtres de masse qui ont renforcé les appels en faveur d'une réforme des armes à feu.