En promettant de "battre Donald Trump", le socialiste Bernie Sanders a salué mardi sa victoire dans la primaire démocrate du New Hampshire, suivi par les modérés Pete Buttigieg et Amy Klobuchar, tous désormais installés dans le groupe des candidats susceptibles de défier le président républicain en novembre. "C'est le début de la fin pour Donald Trump", a lancé à une foule en liesse le sénateur indépendant, désormais favori de la course à l'investiture démocrate.

Une fois les résultats de neuf bureaux de vote sur dix rendus, le vétéran de la politique avait remporté 26% des suffrages, suivi par l'ex-maire Pete Buttigieg (24%) et la sénatrice Amy Klobuchar (20%), selon les comptabilisations des médias américains.

Longtemps favori, l'ancien vice-président Joe Biden a essuyé un cuisant revers en n'arrivant que cinquième, loin derrière (8%).

Il est devancé par la sénatrice progressiste Elizabeth Warren (9%) qui elle aussi enregistre un score extrêmement décevant.

Bernie Sanders, 78 ans, et Pete Buttigieg, 38 ans, se présentaient en favoris dans cette primaire du New Hampshire après avoir dominé il y a huit jours dans l'Iowa.

L'ancien maire de South Bend, une ville d'une centaine de milliers d'habitants dans l'Indiana, l'avait alors emporté d'un cheveu contre le sénateur du Vermont.

Mardi soir dans le New Hampshire, M. Buttigieg a félicité son rival, en rappelant son admiration de longue date pour le sénateur. Puis il a pris soin de se placer en meilleur choix pour battre un président qui avait su séduire, en 2016, dans ces régions rurales et industrielles du "Midwest".

"Un grand nombre d'entre vous ont décidé qu'un maire de la classe moyenne et ancien militaire venant du Midwest était le meilleur choix pour défier ce président", s'est réjoui le premier candidat homosexuel aussi bien placé dans la course à la Maison Blanche.

Triomphante, la sénatrice du Minnesota âgée de 59 ans Amy Klobuchar s'est aussi félicitée de son résultat.

L'Iowa et le New Hampshire ne distribuent qu'un tout petit nombre de délégués sur les 1.991 nécessaires pour décrocher l'investiture du parti en juillet. Mais ces deux petits Etats représentent d'importants tremplins dans la longue route qui mène à la présidentielle.

Face à des résultats décevants, Andrew Yang, entrepreneur de 45 ans qui s'est forgé une renommée avec sa proposition d'instaurer un revenu universel, et le sénateur Michael Bennet ont jeté l'éponge dans la soirée.

Neuf candidats sont encore en lice pour défier Donald Trump le 3 novembre.

Et ces dix derniers jours, des mouvements importants semblent s'être opérés dans les rapports de forces.

Bernie Sanders a doublé l'ancien vice-président Joe Biden, 77 ans, dans les sondages nationaux, même si ces derniers sont à prendre avec beaucoup de précautions.

Pete Buttigieg n'arrive lui qu'en cinquième place dans cette moyenne nationale. Mais il affiche une courbe en nette hausse depuis sa victoire dans l'Iowa.

Les résultats du New Hampshire devraient donner un grand élan à MM. Sanders et Buttigieg avant les prochains votes des primaires: le Nevada le 22 février puis la Caroline du Sud le 29 février.

C'est là que Joe Biden jouera la suite de sa campagne.

En piteuse position, il a quitté le New Hampshire avant même l'annonce des résultats pour se rendre directement en Caroline du Sud. L'ancien vice-président de Barack Obama y est donné très largement favori, car il bénéficie de forts soutiens dans la population noire, majoritaire parmi les électeurs démocrates de cet Etat.

"Ce n'est pas fini mon gars, nous ne faisons que commencer", a-t-il lancé, souriant, à des partisans dans la soirée.

Mais pour Joe Biden tout pourrait vite s'enrayer, les soutiens le quitter, et les donateurs, nerfs de la guerre électorale aux Etats-Unis, le déserter.

Tous les yeux se tourneraient alors vers le milliardaire et ex-maire de New York Mike Bloomberg, troisième dans les sondages nationaux, qui a fait l'impasse sur les premiers Etats pour entrer en lice à partir du "Super Tuesday", lorsqu'une quinzaine d'Etats voteront le 3 mars.

Se déclarant "socialiste", un mot longtemps connoté à l'extrême gauche aux Etats-Unis, Bernie Sanders prône depuis des décennies une "révolution" politique pour parvenir à une société plus juste, en proposant notamment d'aller vers un système universel de couverture santé.

Son message, encore considéré comme trop à gauche par de nombreux démocrates lors de sa première tentative présidentielle ratée en 2016, résonne désormais plus fortement.

En face, Pete Buttigieg plaide pour une voie centriste, affirmant être plus apte à rassembler les démocrates mais aussi à tendre la main aux indépendants et aux "futurs ex-républicains".

Observant d'un oeil ironique la guerre des démocrates, Donald Trump a commenté les résultats sur Twitter. "Bootedgeedge (Buttigieg) réussit assez bien ce soir. Il donne du fil à retordre à Bernie le fou. Très intéressant!"