Le candidat de l'opposition, Luis Abinader, a remporté l'élection présidentielle de dimanche en République dominicaine, mettant fin à 16 ans de pouvoir sans partage du Parti de la libération dominicaine (PLD, centre gauche) dans le pays caribéen, au terme d'un scrutin marqué par la pandémie de coronavirus.

Selon des résultats partiels portant sur 93,2%% des voix, M. Abinader du Parti révolutionnaire moderne (PRM, également de centre gauche), s'adjuge 52,4% des voix, a annoncé lundi la Commission électorale centrale (JCE), qui ne l'avait pas encore proclamé officiellement vainqueur. Il avait besoin de 51% des votes pour gagner au premier tour.

Gonzalo Castillo, 59 ans, le candidat du PLD, la formation du président sortant Danilo Medina qui ne pouvait se représenter après deux mandats de quatre ans, a reconnu sa défaite. Il totalisait 37,69% des votes. Il a adressé sur Twitter ses "félicitations" et voeux de "succès" à M. Abinader.

M. Abinader prendra ses fonctions le 16 août.

"Nous avons gagné, nous gagnons aujourd'hui, mais nous n'oublierons jamais à qui nous devons cette victoire (...) au peuple dominicain", a déclaré Luis Abinader, un homme d'affaires de 52 ans, devant des dizaines de sympathisants réunis dimanche soir à son siège de campagne à Saint-Domingue.

La pandémie en pleine progression

L'ex-président Leonel Fernandez (1996-2000, 2004-2008 et 2008-2012), qui tentait un retour après sa rupture avec le PLD, a engrangé 8,82% des voix. "Nous félicitons (M. Abinader) pour son élection", a-t-il twitté.

Après minuit, M. Medina a également tweeté ses "félicitations" à M. Abinader.

Le scrutin, durant lequel les 7,5 millions d'électeurs ont également désigné leur vice-président, les deux chambres du Parlement (32 sénateurs et 190 députés) et 20 représentants au Parlement centraméricain (Parlacen), s'est déroulé en pleine pandémie qui a forcé à reporter le vote, initialement prévu le 17 mai.

M. Abinader avait annoncé le 11 juin avoir contracté le coronavirus mais a guéri entretemps.

Les électeurs se sont rendus aux urnes le visage masqué, respectant une distance de sécurité de deux mètres dans les files d'attente. Les meetings avaient été bannis en raison du confinement qui se doublait d'un couvre-feu nocturne.

Première destination touristique des Caraïbes, la République dominicaine vient de rouvrir ses frontières avec la levée de l'état d'urgence le 30 juin.

Malgré le confinement dès mars, le coronavirus ne cesse de progresser dans ce pays de près de 11 millions d'habitants, avec un record dimanche du nombre quotidien de nouveaux cas (1.241 selon les données officielles). Ce chiffre avait dépassé la barre du millier samedi pour la première fois.

Depuis le début de la pandémie le 1er mars, les autorités ont recensé 38.128 cas de Covid-19 et 804 décès.

Le scrutin s'est déroulé sous l'oeil de 151 observateurs internationaux. Déclaré positif au coronavirus, un membre venu de Washington d'une mission de l'Organisation des Etats Américains (OEA) a été placé à l'isolement, selon l'organisation.

L'économie, principal défi

Le vote a été calme, hormis un incident qui a fait un mort et un blessé à Saint-Domingue, selon la police. Des violences ont marqué de précédents scrutins comme les municipales de février, suspendues en raison de problèmes techniques, durant lesquelles deux personnes étaient mortes.

L'économie, mise à mal par la pandémie après sept années de croissance à 5%, constitue le principal défi du nouveau pouvoir.

Le tourisme (8% du PIB) a subi la fermeture des frontières du 20 mars au 30 juin. Le PIB s'est contracté en avril de 29,8% sur un an et la Banque mondiale a averti du risque pour une partie de la population de rebasculer dans la pauvreté.

"Nous faisons face aux défis les plus difficiles de notre histoire (...), le redressement économique et récupérer la confiance dans les institutions démocratiques", a déclaré Luis Abinader.