Près de 69 milliards de dollars de dette sont concernés.

Le gouvernement argentin a publié mardi le décret ouvrant la voie à la restructuration de 68,8 milliards de dollars de dette publique du pays. Buenos Aires souhaite retarder l’échéance sur certains de ses emprunts, mais aussi trouver un accord avec des créanciers privés pour en réduire le montant.

Une dette équivalant à 90 % du PIB

Le gouvernement du président Alberto Fernandez (péroniste ; centre-gauche) estime ne pas avoir d’autre choix, dans un contexte de récession, que de réduire le poids de cette dette qui s’élève à 311 milliards de dollars au total et représente plus de 90 % du produit intérieur brut, dont plus de 30 milliards de dollars de remboursements à effectuer d’ici la fin mars.

Cela inclut un prêt de sauvetage du Fonds monétaire international (FMI) de 57 milliards de dollars, très impopulaire en Argentine, qui avait été négocié par le président Mauricio Macri (droite) en 2018. Sous sa présidence, la dette argentine est passée de 50 % à 90 % du PIB.

Ce prêt de sauvetage à Macri - dont le principe même est critiqué par certains économistes - n’a servi à rien. Et dès son arrivée au pouvoir, Alberto Fernandez a demandé au FMI de ne pas verser le surplus des 44 milliards de dollars déjà parvenus à Buenos Aires. Le nouveau Président, entré en fonction en décembre, a fait de cette restructuration l’un des éléments essentiels de sa politique économique.

Trop lourde pour ces conditions

Le FMI avait affirmé en février que, selon son analyse, la dette était trop lourde pour être remboursée dans les conditions prévues actuellement, car cela nécessiterait une rigueur budgétaire qui ne serait "ni politiquement, ni économiquement faisable".

Le décret de mardi intervient au lendemain d’un plongeon de la Bourse de Buenos Aires, avec une baisse de 13,75 % de l’indice Merval. L’Argentine est en récession depuis 2018, le pays connaissant une forte inflation (53,8 % en 2019) et une augmentation de la pauvreté (taux de 40 %) et du chômage (10,4 %).

Une des plus grosses restructurations

"C’est une des plus grosses restructurations de dettes publiques de l’histoire du FMI", a commenté, pour La Libre Belgique, l’économiste spécialiste de l’Argentine Xavier Dupret, de la Fondation Jacquemotte. "Cet événement se produit dans un contexte politique intérieur lourd, avec les menaces des propriétaires terriens, et dans un contexte économique international compliqué par le coronavirus."

Depuis lundi, le gouvernement Fernandez affronte en effet une grève des grandes fermes industrielles, qui protestent contre une nouvelle hausse - de 3 % - des taxes sur l’exportation du soja, dont l’Argentine est un producteur majeur.

Ne pas exacerber le conflit

Selon le journal Clarin, le gouvernement a choisi de "ne pas exacerber" le conflit, comptant sur la division des fermiers : les petits et moyens producteurs et les économies régionales devraient profiter, quant à eux, de baisses de taxes décidées par le pouvoir péroniste.

Ce dernier répond à deux tendances au sein du parti : le centre, représenté par le chef de l’État, et la gauche, personnifiée par l’ex-présidente Cristina Fernandez (pas apparentée au Président), désormais vice-Présidente. Celle-ci a apporté les voix populaires à l’élection présidentielle.