"Il vaut mieux être tristement célèbre que pas célèbre du tout", s'amuse à répéter Roger Stone. Un slogan que brandit fièrement le controversé conseiller politique depuis de nombreuses années mais qui, aujourd'hui, prend tout son sens. L'homme devait commencer à purger sa peine de prison cette semaine, après avoir été reconnu coupable de fausse déclaration devant le Congrès et de subornation de témoin dans le cadre de l'enquête sur l'ingérence russe dans l'élection présidentielle américaine de 2016. Le sexagénaire haut en couleur ne verra pourtant pas l'ombre d'une cellule. Son très vieil ami, Donald Trump, l'a gracié, arguant que son ancien conseiller faisait l'objet d'une "chasse aux sorcières qui n'aurait jamais dû avoir lieu". "Victime du canular russe perpétré par la gauche et ses alliés dans les médias", Roger Stone est dorénavant "un homme libre", avait fait savoir vendredi la Maison-Blanche. La décision du président américain lui a valu depuis lors de vives critiques, y compris au sein du Parti républicain.

De la manipulation déjà à l'école primaire   

Conseiller de Trump par intermittence depuis plus de 20 ans, Roger Stone a un style sulfureux. L'homme ne fait d'ailleurs que peu de cas du respect des règles. Le républicain est prêt à user de tous les moyens pour gagner, peu importe ce que cela lui coûte. Cette détermination, il l'acquiert dès son plus jeune âge. Alors qu'il n'est encore qu'à l'école primaire, il se lance dans une véritable campagne lors d'une simulation de l'élection présidentielle. Le jeune Roger a son favori dans ce scrutin opposant Nixon à Kennedy. Pour s'assurer la victoire de son candidat, il n'hésite pas à inventer une histoire pour discréditer Nixon. "Il veut rendre l'école obligatoire le samedi", raconte l'enfant à ses camarades. Une déclaration qui suffit à assurer la victoire de Kennedy, que Roger Stone idolâtre alors à l'époque. Douze ans plus tard, c'est pourtant aux côtés de son opposant, Richard Nixon, qu'il fait ses premiers pas en politique. Oeuvrant à la réélection du président républicain, Stone ne laisse pas de côté son penchant pour la "magouille" dont il se targue même d'être un spécialiste. Sans surprise, il se retrouve mêlé à la célèbre affaire du Watergate. Sous le pseudonyme de Jason Rainier, il aurait fait, entre autres, parvenir la somme de 6.000 dollars à un détective privé pour que ce dernier s'immisce dans la campagne démocrate.

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L'homme, qui va jusqu'à se faire tatouer un portrait de Nixon dans le dos, ne perd pas beaucoup de plumes dans l'affaire. Il continue à participer à bon nombre de campagnes présidentielles, dont celle de l'actuel président américain. Les deux hommes sont d'ailleurs proches depuis de longues années. C'est Roger Stone lui-même qui a incité le milliardaire à se lancer en politique en 1987. Il est depuis lors un fervent supporter de Trump. Le conseillant, il pousse le magnat de l'immobilier à semer le doute sur le certificat de naissance du président Obama en 2011. "Attaquer, attaquer, attaquer, jamais se défendre", explique Stone au sujet de sa stratégie politique. L'homme fait en effet de la fausse publicité et des fausses accusations son quotidien. Il se spécialise dans l'art de discréditer ceux qui oseraient s'opposer au candidat qu'il veut voir gagner. Les "fake news", tant décriées par Trump, constituent l'arme de prédilection de celui qui pourtant suit à la trace l'actuel locataire de la Maison-Blanche. "Il goûte la nourriture du roi pour s'assurer qu'elle n'est pas empoisonnée, a raconté en août 2016 un chroniqueur du New York Times. Si cela ne tue pas Roger Stone, cela ne tuera pas Donald Trump."

Un style qui dérange

Est-ce toutefois son côté trop polémique qui vaut à celui qu'on surnomme tantôt "le Parrain", tantôt "le prince des ténèbres", d'être mis sur le côté par son ami ? Stone n'est en effet pas très apprécié dans les rangs républicains. Partisan du mariage gay et de la légalisation des drogues douces, son franc-parler et ses manières de faire de la politique dérangent. Adepte des petites phrases, il choque à plusieurs reprises en s'attaquant personnellement à des politiques ou à des journalistes. "Wayne Barrett était un morceau d'excrément humain se faisant passer pour un être humain. Va pourrir en enfer, connard", s'emporte-t-il à l'égard d'un journaliste américain décédé en 2017.

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C'est donc dans l'ombre que l'homme finira par œuvrer. Ce qui ne l'empêche pas, malgré tout, d'être très actif dans la campagne de Donald Trump pour l'élection présidentielle de 2016. Il n'hésite pas, qui plus est, à revêtir des tee-shirts accusant Bill Clinton d'être un "violeur" et son épouse une "criminelle".

C'est en 2017 que les choses se compliquent pour le sulfureux politicien, quand éclate le "Russiagate". Une enquête est ainsi ouverte sur de possibles collusions entre la Russie et des membres de la campagne présidentielle de Donald Trump. Le 24 janvier 2019, Roger Stone est arrêté alors que le soleil se lève à peine sur la Floride. Son implication dans l'affaire ? Indéniable, selon de nombreux observateurs qui estiment qu'il est plus que temps que l'homme réponde de ses actes. Mais même si son nom se retrouve lié à celui d'un pirate informatique proche des services secrets russes, Roger Stone échappe finalement à la prison qu'il devait intégrer en ce mois de juillet 2020. Gracié par son ami de longue date, le tonitruant conseiller se dit "incroyablement honoré" par cet "acte de clémence" présidentiel. Mais cette démarche, plusieurs républicains la voient pour leur part d'un très mauvais œil. Le sénateur Mitt Romney a vivement fustigé ce qu'il a considère être de la "corruption". "Historique et sans précédent", a commenté celui qui était candidat à l'élection présidentielle de 2012.