Ce budget de 740,5 milliards de dollars a été approuvé il y a deux semaines par le Sénat et la Chambre des représentants à une majorité écrasante qui leur permet, si l'essentiel des élus confirment leur vote initial, de contourner l'opposition présidentielle en l'adoptant à nouveau à la majorité qualifiée.

La présidente démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi, a accusé le président d'utiliser "ses dernières heures au pouvoir pour semer le chaos" par cet "acte irresponsable", et annoncé que les députés reviendraient de vacances dès lundi pour "passer outre le veto".

A quatre semaines de l'investiture de son successeur Joe Biden, ce serait une première, et une tache, dans l'unique mandat de Donald Trump à la Maison Blanche.

"Malheureusement, ce texte de loi n'inclut pas des mesures cruciales pour la sécurité nationale" et "va à l'encontre des efforts de mon gouvernement pour mettre l'Amérique d'abord en matière de sécurité nationale et de politique étrangère", dit le président sortant dans son message officiel au Congrès, évoquant un "cadeau à la Chine et à la Russie".

Le budget renvoyé mercredi au Congrès prévoit notamment une hausse de 3% du salaire du personnel de défense.

Mais le milliardaire républicain avait menacé d'y mettre son veto notamment parce que le texte n'inclut pas l'abolition d'une loi, dite "article 230", protégeant le statut juridique des réseaux sociaux, qu'il accuse d'être biaisés contre lui.

"Absolument vital" 

"L'article 230 facilite la propagation de la désinformation étrangère en ligne, ce qui constitue une menace grave pour notre sécurité nationale et l'intégrité de nos élections", déplore-t-il dans son message aux parlementaires.

Il tonne également contre le fait que la loi de financement du Pentagone prévoit de renommer des bases militaires honorant des généraux du camp confédéré, qui défendait l'esclavage durant la guerre de Sécession. "Depuis ces bases, nous avons remporté deux guerres mondiales", justifie-t-il, en dénonçant une volonté de "balayer l'Histoire".

Donald Trump rejette aussi des dispositions qui "vont à l'encontre" de ses "efforts pour ramener nos troupes à la maison (...) depuis l'Afghanistan, l'Allemagne et la Corée du Sud".

"Pour toutes ces raisons, je ne peux soutenir ce texte" qui "place les intérêts de l'establishment de Washington au-dessus de ceux du peuple américain", conclut le président, qui refuse toujours de reconnaître sa défaite aux élections de novembre et apparaît de plus en plus engagé dans une politique de la terre brûlée à l'approche de son départ inéluctable.

Sans surprise, ses opposants ont aussitôt dénoncé son geste spectaculaire contre le budget de la défense, traditionnellement adopté dans un consensus qui transcende les partis politiques.

"Donald Trump vient de mettre son veto à une augmentation pour nos militaires afin de défendre des traîtres confédérés décédés", a déploré le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer. "Les démocrates vont voter pour passer outre ce veto", a-t-il promis sur Twitter.

Mais l'opposition présidentielle plonge son propre camp dans l'embarras.

Le président de la commission de la Défense du Sénat, le républicain Jim Inhofe, tout en saluant le bilan de Donald Trump en faveur des militaires, a ainsi réaffirmé son soutien au texte, "absolument vital pour notre sécurité nationale et nos troupes".

Cette proposition de loi est distincte du texte budgétaire qui comprend le plan de soutien à l'économie américaine, sur lequel le président fait aussi planer la menace d'un veto pour obtenir plus d'argent pour les familles, mettant sous forte pression les élus républicains.