En trublion, Donald Trump tente de ravir la vedette aux démocrates en organisant jeudi un meeting de campagne dans l'Iowa, juste avant le premier vote d'une primaire encore très incertaine pour choisir le candidat qui le défiera lors de la présidentielle américaine.

Le milliardaire est engagé en plein dans sa campagne de réélection depuis des mois, soulignant la vigueur de l'économie américaine, les accords commerciaux censés profiter aux Américains et affirmant avoir accompli bien plus "que n'importe quel président" à ce stade.

Son procès historique en destitution mené au Congrès américain? Ce n'est qu'une "mascarade" menée par des démocrates, proclame-t-il en jurant de les battre dans les urnes le 3 novembre.

En face, la plus grande incertitude pèse sur l'identité du candidat que les démocrates choisiront après un marathon de primaires, qui débute avec le coup d'envoi très attendu dans l'Iowa, lundi.

Dans cet rural Etat peu peuplé, les sondages montrent les deux grands favoris dans un mouchoir de poche: l'ancien vice-président Joe Biden, représentant l'aile modérée du parti, et le sénateur indépendant Bernie Sanders, nettement plus à gauche.

Juste derrière arrivent l'ancien maire modéré Pete Buttigieg et la sénatrice progressiste Elizabeth Warren.

Signe que la course reste très ouverte: quelque 45% des électeurs de l'Iowa se disent prêts à changer d'idée le jour même du vote, selon l'institut de Monmouth University.

Alors que les panneaux de soutien aux candidats démocrates émergent de la neige sur les pelouses et que les militants sillonnent la ville, le président républicain Donald Trump est attendu dans la soirée jeudi à Des Moines, la capitale.

Le milliardaire avait confortablement remporté l'Iowa en 2016 face à la démocrate Hillary Clinton.

"Tout est possible"

Lundi prochain, dans une froide soirée, les électeurs démocrates de cet Etat voteront lors de caucus: des assemblées d'électeurs qui désigneront leur candidat de prédilection, en se déplaçant physiquement dans une salle.

Un système qui rend toute prédiction encore plus compliquée qu'à l'accoutumée, selon le directeur de l'institut de Monmouth University, Patrick Murray:

"Ce qu'il faut retenir de ce sondage comme de n'importe lequel dans l'Iowa, c'est que tout est possible lundi".

Une incertitude qui encourage les volontaires venus de tous les Etats-Unis pour soutenir leurs candidats à l'investiture démocrate, même s'ils figurent au bas des sondages.

"Je me dis que je ne peux pas être triste ou me plaindre de la situation si je ne suis pas prête à traverser la moitié du pays pour faire cela", confiait mercredi soir à l'AFP Cindy Jacobson, infirmière à la retraite de 68 ans venue de Californie pour soutenir l'homme d'affaires Andrew Yang, .

"Identité du pays en jeu"

Le procès en destitution visant Donald Trump ajoute à l'incertitude car cette procédure historique a provoqué une situation inédite.

Alors que les candidats multiplient d'ordinaire les meetings de campagne dans l'Iowa si près du vote, trois des favoris sont coincés à Washington car, en tant que sénateurs, il font office de jurés: Bernie Sanders, Elizabeth Warren et Amy Klobuchar.

Ils tentent d'occuper le terrain tant bien que mal en envoyant des représentants: groupes de rock, athlètes et autres personnalités. Mais aussi des proches et même, pour la sénatrice Warren mercredi, son chien Bailey. Un atout communication bien pensé dans un pays qui adore les chiens.

Au niveau national, c'est Biden qui arrive en tête dans les sondages, devant Sanders et Warren. Le milliardaire Michael Bloomberg, quatrième, ne concourt pas dans l'Iowa, faisant l'impasse sur les premières primaires jusqu'au "Super Tuesday" du 3 mars, lorsqu'un quinzaine d'Etats voteront.

Joe Biden, ex-bras droit de Barack Obama a été happé dans l'affaire ukrainienne qui vaut à Donald Trump son procès en destitution. Car c'est parce qu'il a demandé à l'Ukraine d'enquêter sur les Biden que le président américain est accusé d'abus de pouvoir par les démocrates.

Se présentant en meilleur rempart démocrate contre Donald Trump, Joe Biden a sombrement mis en garde, lors d'une étape de campagne dans l'Iowa mercredi, à Council Bluffs, contre une nouvelle victoire du républicain: "C'est l'identité même de ce pays qui est, cette année, en jeu sur le bulletin de vote".

© AFP