Brendan Hunt, alias "X-Ray Ultra", employé des tribunaux de 37 ans, est accusé d'avoir "menacé de tuer" des élus du Congrès américain - dont les leaders démocrates Nancy Pelosi et Chuck Schumer et la jeune Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) - avec "l'intention d'interférer dans l'exercice de leurs fonctions" ou "de se venger de les avoir remplies".

En cause, plusieurs messages postés sur divers réseaux sociaux: le premier remonte au 6 décembre 2020, sur Facebook, lorsqu'il appelle Donald Trump, alors président, à organiser "une exécution publique de Pelosi, AOC, Schumer, etc" et à "descendre mitrailler ces communistes". "Si vous ne le faites pas, les citoyens le feront."

Le dernier date du 8 janvier dernier, deux jours après l'attaque contre le Capitole par des partisans de Donald Trump, qui rejetaient la certification de la victoire de Joe Biden à la présidentielle.

Hunt poste alors une vidéo de 88 secondes sur la plateforme BitChute, prisée de l'extrême-droite, intitulée "Kill your senators" (Tuez vos sénateurs), dans laquelle il dit, face caméra: "Il faut que nous retournions au Capitole, et cette fois qu'on vienne avec nos armes... Ce que vous devez faire, c'est vous armer, aller à Washington, probablement pour l'investiture (...) et leur mettre des balles dans la tête."

De simples "diatribes"?

Après l'"insurrection" du 6 janvier, le FBI déploie dans l'urgence tous ses filets pour arrêter les émeutiers. Parmi les milliers d'appels reçus alors par la police fédérale, l'un l'alerte de l'existence de cette vidéo.

Brendan Hunt, fils d'un juge retraité qui se présente comme acteur, musicien et journaliste, est arrêté le 19 janvier, veille de l'investiture de Joe Biden, à son domicile du quartier new-yorkais du Queens. Mais les agents ne trouvent chez lui ni armes, ni preuve de participation ou de communication avec un groupe extrémiste et les procureurs reconnaissent que Hunt n'était ni au Capitole ni même à Washington.

Alors, les menaces de Brendan Hunt - qui citait "Mein Kampf" dans un texto et disait qu'il fallait prendre le pouvoir "comme Hitler" - étaient-elles sérieuses, avait-il vraiment l'intention d'attaquer les élus? Ou étaient-elles de simples "diatribes", des opinions qu'il avait parfaitement "le droit de dire", "aussi choquantes soient-elles", en vertu du premier amendement de la Constitution américaine, comme l'ont affirmé les avocats commis d'office?

Des propos émanant d'un homme qui a reconnu devant les jurés des problèmes d'alcool, et qui comptait tout juste 99 abonnés à sa chaîne vidéo?

"Le premier amendement ne protège pas" de telles menaces, a affirmé mercredi le procureur David Kessler dans son réquisitoire. "Le gouvernement n'a pas besoin de prouver que l'accusé a essayé de tuer" un élu, le seul fait de "proférer la menace est un délit", a-t-il indiqué. Même si elle est lancée sur les réseaux sociaux, et non adressée directement aux personnes visées, a-t-il ajouté.

Pour bien faire sentir aux jurés que la menace était "réelle", les procureurs ont rejoué pendant le procès une vidéo de l'attaque du Capitole, et cité comme témoin un policier du Capitole, qui a témoigné de la journée "surréaliste" du 6 janvier, et avait été informé des messages de Hunt.

Mais l'avocate de l'accusé, Leticia Olivera, a argué que "personne ne prenait" ses messages au sérieux, et qu'il avait lui-même retiré sa vidéo sur BitChute après 24 heures, après plusieurs critiques d'internautes dont la dernière le traitait de "clown". "Je ne sais pas pourquoi le FBI s'est autant trompé sur Brendan", a-t-elle lancé devant les jurés et la juge Pamela Chen. "Ils l'ont vu comme très dangereux, alors qu'il n'y avait aucun besoin. Ça arrive parfois avec la police..."

Les jurés ont commencé à délibérer à la mi-journée mercredi.

Plus de 400 personnes ont été arrêtées par le FBI aux Etats-Unis pour avoir participé à l'attaque du Capitole. Ce procès fédéral était le premier à évoquer ces événements.